Source de la traduction : Islamophile

Biographie du sheykh Muhammad Sa’id Ramadan al Bûtî

Qu’ils se réjouissent…les lâches qui ont loué le courage contre leurs opposants auprès de leur ennemi commun !…

Ils l’ont loué à un prix fort élevé… ils l’ont payé de leur honneur et des vestiges de leur véridicité envers Dieu dans leur islam !

Peu m’importe qui sont les talibans… peu m’importe qui sont leurs opposants que les Etats-Unis emploient pour frapper les talibans… Ce qui m’importe c’est que les deux groupes sont des musulmans !…

Je me demande quel islam reste-t-il à ceux qui ont loué le courage auprès des Etats-Unis pour s’abattre sur leurs frères musulmans. Il est bien connu que le prix que les Etats-Unis exigent c’est que l’Afghanistan devienne un pâturage pour eux et qu’ils aient un contrôle sur cette terre, ainsi que les ressources, les trésors et les biens qu’elle porte.

Ô gens de l’alliance du nord parmi les musulmans d’Afghanistan : avez-vous apaisé votre poitrine en torturant vos ennemis que sont les musulmans talibans ? Les applaudissements des Etats-Unis pour ce pour quoi ils vous ont utilisés, vous ont-ils égayé ?

Bien… Maintenant que vous vous êtes apaisés et que vous avez atteint le paroxysme de ce que vous escomptiez par cette torture… ne voyez-vous pas que vous êtes devenus des esclaves humiliés pour votre ennemi commun ?Y a-t-il parmi vous des gens dont la stupidité leur fait croire que les Etats-Unis ne vous feront pas payer en permanence le plus cher prix, en contre partie de la hardiesse qu’ils vous ont accordée pour détruire leurs ennemis qui sont vos frères en Dieu ? Ne savez-vous pas que vous nuques seront, jusqu’à vos derniers jours, sous le joug de l’humiliation par votre maître américain ?

Ne fallait-il pas plutôt lancer des ponts de réconciliation avec vos frères, avec qui l’islam vous a lié par la fraternité, et ce, malgré le passé tâché de sang et de vengeance entre vous ? Ne fallait-il pas plutôt, puisque vous vous dîtes musulmans, répondre à l’appel de Dieu, plutôt que de répondre à celui des Etats-Unis ?

L’appel de Dieu vous dit : “Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux” (Coran 49 :9). Vous lui avez tourné le dos et l’avait oublié volontairement. L’appel des Etats-Unis vous a dit : ” Non… tuez-les, torturez-les, avec ma force par laquelle je vous appuierai”. Vous l’avez accepté en toute gratitude et en leur adressant la louange !

En répondant à l’appel de Dieu, il y avait votre gloire, mais vous l’avez abandonné !

En répondant à l’appel de vos ennemis, il y avait votre humiliation inéluctable, et vous l’avez choisi !

Réjouissez-vous donc de cette humiliation que vous avez portée, en contre partie de la hardiesse que vous avez louée.

Et les nuits sont fécondes, davantage d’humiliation vous attend.

Source de la traduction : Islamophile

Biographie du sheykh Muhammad Sa’id Ramadan al Bûtî

Voilà que la série des massacres perpétués à Jérusalem et les territoires occupés se poursuit pour son troisième mois, et les innocents broyés dans l’engrenage des tueries et de la destruction ne trouvent nul secoureur, proche ou lointain, sauf les pierres qui se précipitent vers leurs mains et qui gémissent à leurs douleurs.

Quant à leurs proches, leurs frères, leurs liens de parenté ou leurs voisins, ils n’ont cesse de les combler généreusement par des expressions d’encouragement, un peu comme ces supporters qui encouragent des joueurs de football. Et quand la lassitude s’est emparée d’eux, même les expressions d’encouragement se sont éteintes dans la gorge des spectateurs qui encouragent ces « héros », et l’Intifaadah s’est retrouvé alors, seule, sur le front, chantant comme une étrangère, le chant de l’honneur et de l’héroïsme.

La faux des tueries continue à raser les innocents, jeunes ou âgés, la sphère des orphelins et des veuves ne cesse de s’élargir, et la décision des chefs arabes de rester bouche close encourage les bêtes fauves en Israël dans les crimes auxquels ils se livrent, et ceux qui, à la Maison Blanche, ont pour métier de creuser la tombe des droits de l’homme persistent dans les pirouettes clownesques visant à inverser les réalités. Ils ont élevé les grands démons au rang d’anges dignes d’être protégés et sacralisés pour leurs crimes, et ils ont rabaissé au rang de démons ceux qui ont le droit, les propriétaires de la terre et leurs enfants innocents, et les voilà poursuivant ses derniers par le châtiment de la torture et l’égorgement.

Quel espoir garder après cela, dans un monde régi par l’anarchie, dans le soutien de celui qui subit l’injustice et la punition de l’injuste ? Le grand espoir, après Allâh Exalté Soit-Il, ne repose que sur les peuples arabes et musulmans qui doivent poursuivre leur boycott, avec plus d’efforts et d’efficacité, des marchandises américaines, et a fortiori, les marchandises israéliennes. C’est le jihâd uni que doivent accomplir ces peuples à l’heure actuelle. Et, en même temps, c’est le jihâd dont l’impact est le plus rapide et le plus efficace, et il ne coûte à ceux qui l’accomplissent que la persévérance, la détermination ferme et l’union.

Ô musulmans, ô arabes, dans les quatre coins du globe : depuis l’époque des croisades, les raisons et les preuves impliquant le jihâd n’ont jamais été aussi manifestes et aussi criantes qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Et l’arme de jihâd que nous possédons tous, que l’on soit près ou loin, c’est le boycott. Par conséquent, c’est une obligation pour chaque musulman, sans exception, et nulle excuse n’est valable pour prendre cela à la légère ou s’en écarter.

Laissez ces marchandises et produits qui se sont infiltrées chez nous, laissez-les expirer et pourrir là où elles sont. Et ne soyez pas, en les ravivant, une cause dans la torture de vos frères sur lesquels s’abattent les fouets de l’injustice et de l’humiliation.

Tel est le soutien qu’Allâh vous a rendu possible aujourd’hui pour la religion qu’il agrée, pour les faibles et démunis parmi Ses serviteurs, à l’heure où les chefs et les gouverneurs sont dans un très profond et imperturbable sommeil.

Et si vous soutenez leur cause avec persévérance et véridicité, Allâh garantit de vous accorder Son soutien ; certes est véridique la parole d’Allâh :

« Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant »

Par Israel Adam Shamir

Deux bateaux, le Free Gaza [Libérez Gaza !] et le Liberty, avec à leur bord une quarantaine de militants de divers pays, ont atteint sans encombre la côte de la bande de Gaza assiégée. Ils sont passés à travers le blocus naval instauré par les Israéliens, apportant un message d’espoir, sans oublier quelques provisions pour les assiégés. Ce fut la conclusion loin d’évidente et attendue d’une entreprise audacieuse ; il y a, de cela, vingt ans, une tentative similaire se termina en catastrophe. En 1988, l’OLP mit en scène une tentative (non aboutie) de relier en bateau Chypre à Haïfa. Des hommes-grenouilles israéliens [ frogmen attached ] fixèrent une mine sous la coque du bateau, le Sol Phryne, rebaptisé Exodus II, tandis qu’il mouillait dans le port de Limassol, ce, après avoir, la veille, mis une bombe dans la voiture de l’équipage, tuant trois de ses membres. Ce voyage avait été programmé de façon à coïncider avec les quarante ans de la Nakba et de la fondation d’Israël. Pendant vingt ans, personne ne mentionna plus cette tentative, ni personne ne tenta de réitérer le voyage suicidaire. Le présent voyage entendait marquer, quant à lui, le soixantième anniversaire de la Nakba : il a été couronné de succès.

C’est un événement heureux : nous devons être contents de l’arrivée des bateaux sains et saufs. Que l’on se souvienne de ces frêles esquifs, en compagnie du Granma et de l’Exodus, sinon de la Santa Maria de Cristophe Colomb, car ils ont accompli un exploit historique. Le siège de Gaza est en train de s’effondrer. Les autorités israéliennes ont déclaré qu’il n’était pas dans leur intention d’interférer avec les bateaux afin de ne pas leur faire de publicité. Mais les événements ont leur dynamique propre ; et nous pouvons espérer que les dirigeants israéliens ne pourront pas retrouver aussi facilement leurs mauvaises manières d’hier. Une petite manifestation peut aboutir à la révolution. Cette opération doit être étendue, il faut la multiplier : ce n’est plus deux bateaux, qu’il faut diriger sur Gaza, mais des milliers !

Nos félicitations aux hommes et aux femmes courageux qui ont piloté ces bateaux jusqu’aux côtes de Gaza. Et nos félicitation particulières à Uri Davis, un des militants de Free Gaza, qui a vu la lumière, de bien des façons différentes. Après avoir été, depuis toujours, un athée sans dieu, il est venu à Dieu, et il a embrassé l’Islam. Après avoir vécu longtemps seul, il a épousé une femme palestinienne, appartenant à la noble famille Husseini. Tous nos veux à Uri Davis ! Un juif de moins, et un célibataire de moins, d’un seul coup, d’un seul !!

Par sa triple bonne action, Uri Davis a apporté une cinglante réponse à son ami d’hier, Uri Avnery. Celui-ci, en effet, a écrit un article dans lequel il menace les Palestiniens : n’imaginez pas vivre avec les juifs dans un unique Etat, parce que les juifs préfèreront vous expulser, ou vous exterminer ! Notre ami John Spritzler a écrit une longue réplique à Avnery,

[ http://spritzlerj.blogspot.com ], dans laquelle il écrit : « Cela ne diffère en rien d’un malfrat de la mafia donnant son « conseil d’ami » à un propriétaire d’échoppe, en l’avertissant des conséquences du non-paiement de la « protection » assurée par la Mafia. Ici, nous voyons Avnery laisser tomber son masque de « cher ami des Palestiniens » et rendre parfaitement claire sa position véritable : défiez le projet sioniste d’une souveraineté exclusivement juive sur la quasi-totalité de la Palestine, et nous nous unirons, tous autant que nous sommes, nous autres, les juifs, telle une « droite fasciste unie », pour vous chasser de Palestine ! »

Mais Uri Davis est arrivé, et il a envoyé une taloche dans la tronche à Avnery : si même lui, un parangon de l’athéisme juif, peut se convertir et embrasser les Palestiniens, non pas seulement dans un Unique Etat, mais dans une Unique Communauté croyant en un Dieu Unique, en une Famille Unique et en un Lit Unique, alors, pour sûr, la fermeté juive est en train de s’effondrer.

Israël est le seul endroit au monde où cela semble encore une étrangeté : aux Etats-Unis et en Russie, la majorité des mariages sont des mariages mixtes. Les juifs jettent leur judéité aux orties aussi vite que possible.

Inshallah, bientôt, il n’y aura plus suffisamment de juifs pour imposer le blocus naval !

Par Israël Adam Shamir

Le concept douteux de la Main Cachée ou des Sages de Sion est superflu, parfaitement inutile.
« La dernière controverse mettant en cause le monde arabe concerne la série télévisée Un Chevalier sans Cheval, qui a commencé à être diffusée le mercredi 6 novembre dernier, premier jour du mois sacré de Ramadan, sur plusieurs chaînes arabes transmises via satellite. La source de la controverse est le fait que cette série soit basée, en partie, sur « Les Protocoles des Sages de Sion », un vieux faux [antisémite] produit par le régime de la Russie tsariste », écrit Qais S. Saleh, un consultant, depuis Ramallah, sur l’excellent site ouèbe CounterPunch [1]. De façon bien compréhensible, Saleh condamne cette émission et avertit les Palestiniens et les Arabes, en leur demandant de se tenir éloignés du vieux démon de l’antisémitisme ou, plus exactement, pour reprendre ses mots, « d’être sur leur garde, contre une tendance à importer l’idéologie antisémite ».

L’opinion de Saleh coïncide avec celle de Michael Hoffman, sur le site duquel les Protocoles sont consultables en ligne. Hoffman pense que les Arabes n’ont nul besoin d’importer chez eux de vieux arguments antisémites tirés de sources anciennes et lointaines, lors même qu’ils disposent d’une source fraîche d’arguments, coulant abondamment vingt quatre heures sur vingt quatre : le comportement actuel de l’Etat juif et de ses citoyens juifs. Ce comportement est bien plus convaincant que toutes les vieilleries antisémites possibles et imaginables.

Toutefois, les Protocoles sont toujours disponibles et ils continuent à nous interpeller. Récemment, le romancier et penseur en vue Umberto Eco a exprimé son opinion sur ce sujet, dans le journal The Guardian [2]. Eco « explique » les sentiments populaires envers les Juifs : « Ils ont depuis très longtemps officié dans le commerce et le prêt d’argent – d’où ce ressentiment à leur égard, qui est un ressentiment à l’égard d’ « intellectuels » ». A ce que j’en sais (et je sais peu de choses sur ce sujet), ce ne sont pas les intellectuels qui prêtent de l’argent, mais les banquiers et les usuriers, dont les authentiques intellectuels jugent le comportement repoussant. Probablement Eco a-t-il une autre définition de l’ « intellectuel » (que moi), dans sa manche. « Les Protocoles malfamés des Sages de Sion ne sont qu’une compilation d’inventions jamais prouvées, dont la contrefaçon est évidente, étant donné qu’il est bien difficile de croire que des ‘méchants’ révéleraient un jour aussi ouvertement leurs projets faillis», conclut Umberto Eco.

On pardonnera un consultant en affaires de Ramallah, mais Umberto Eco aurait dû remarquer que sa définition allait comme un gant à d’autres ouvrages, comme Gargantua et Pantagruel, par exemple – un faux encore plus ancien, qui prétendait être la chronique réelle d’une famille de Géants, et construit sur la base d’un ‘matériel fictionnel sériel’. Don Quichotte, Pickwick’s Club, 1984 de Georges Orwell : tous ces livres « prétendent » décrire des événements réels, comme les Protocoles. Ce sont des « faux », étant donné qu’ils sont attribués à quelqu’un d’autre que leur auteur présumé : Don Quichotte, à Sid Ahmed Benengeli [3] et Gargantua à Maître Alcofribas Nasier [4].

Les Protocoles des Sages de Sion seraient plus proprement décrits si l’on parlait de « pseudo épigraphie » plutôt que de simple « faux ». Ils s’apparentent à la Lettre du Président Clinton à Mubarak (écrite en réalité par Tomas Friedman). Après tout, le genre pseudo épigraphique est un noble art, un art vénérable. Il est encore mieux de considérer les Protocoles comme un « pamphlet politique ».

Dans cette essai, nous nous efforcerons de trouver pourquoi les Protocoles refusent obstinément de se coucher et de mourir. Nous nous garderons soigneusement d’aborder la fameuse question : « qui les a écrits ? » Leur réel auteur reste inconnu, et il est difficile d’imaginer cette personne, car les Protocoles sont un palimpseste littéraire. Dans les temps anciens, un scribe écrivait généralement son texte sur un morceau de vieux parchemin, et pour ce faire, il effaçait, auparavant, un texte déjà écrit sur ce même parchemin. L’effacement était rarement total, et un lecteur pouvait se voir gratifier d’une version intégrale de l’Ane d’Or (texte ‘osé’ d’Apulée, ndt) lorsqu’il voulait lire les Fioretti de Saint-François d’Assise. Dans les Protocoles, il y a des couches de vieilles histoires, et même d’histoires très anciennes, et cela interdit toute quête raisonnable d’en trouver l’auteur avec quelque certitude. Cela, en dépit du fait que Jorge Luis Borges ait écrit que l’auteur est une partie – importante – de tout texte. En réalité, si nous savions que les Protocoles comportent effectivement un brouillon des écrits de certaines élites juives, nous tiendrons notre réponse, en quelques minutes. Mais les Protocoles ont été publiés à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècles, sous la forme de texte « découvert », comme un texte apocryphe. Ils sont devenus un énorme best seller et le sont toujours aujourd’hui, bien que dans certains pays (en particulier en Union soviétique) le simple fait d’en posséder une copie était passible de la peine de mort.

L’auteur Anonyme des Protoles décrit un plan magistral pour une vaste restructuration de la société, créant une nouvelle oligarchie et entraînant l’assujettissement de millions d’êtres humains. Le résultat final n’est pas très éloigné de celui décrit dans un texte contemporain, The Iron Heel (le Talon d’Acier), de Jack London, le grand radical d’Oakland (Californie). Toutefois, London envisageait un grand coup, très dur, tandis que la manière dont Anonyme (l’auteur des Protocoles, dans la suite du texte, ndt) voit l’assujettissement s’accomplir nous entraîne dans des manipulations à la Machiavel et à un contrôle des âmes à la mode orwellienne de ‘1984’. (L’hommage rendu par Orwell aux Protocoles est beaucoup plus frappant qu’on ne le relève généralement).

La difficulté des Protocoles réside dans une dissonance étrange entre leur langage imprudent et leur profonde pensée religieuse et sociale. « C’est un compte-rendu parodique d’un plan satanique, subtil et très bien conçu, écrit le Prix Nobel de littérature Alexandre Soljénitsine [5] dans son analyse des Protocoles, écrite en 1966 et publiée seulement en 2001 :

« Les Protocoles exposent le plan d’un (nouveau) système social. Son dessein se situe bien au-dessus des capacités d’une âme ordinaire, y compris celle de son auteur. Il s’agit d’un processus dynamique en deux étapes, de déstabilisation, d’augmentation des libertés et du libéralisme, qui trouve son apogée dans un cataclysme social, au premier stade ; la seconde étape voyant se mettre en place une nouvelle hiérarchisation de la société. Ce qui est décrit est plus complexe qu’une bombe nucléaire. Il pourrait s’agir d’un plan volé et gauchi, formé par un esprit de génie. Son style putride de brochure antisémite cauteleuse en obscurci(rai)t (intentionnellement) la grande force de pensée et la vision pénétrante ».

Soljénitsine est conscient des failles des Protocoles. « Leur style est celui d’un pamphlet dégueulasse, la puissante ligne de pensée est brisée, fragmentée, mêlée d’incantations nauséabondes et de grossières maladresses psychologiques. Le système qui y est décrit n’est pas nécessairement relatif aux Juifs ; il pourrait s’agir d’un système purement maçonnique, ou autre ; en même temps, son orientation fortement antisémite n’est nullement une composante fondamentale du projet [qui y est décrit] ».

Soljenitsine procède à une expérimentation textuelle : il supprime les mots « Juifs », « Goyim » et « conspiration », et il aboutit à nombre d’idées dérangeantes. Il conclut : « Le texte démontre une clarté de vision impressionnante en ce qui concerne les deux systèmes sociétaux : le système occidental et le système soviétique. Si un puissant penseur, en 1901, pouvait prédire le développement de l’Occident avec quelque vraisemblance, comment aurait-il pu entrevoir le futur soviétique ? »

Soljenitsine a bravé le régime soviétique, il a osé écrire et publier son mammouth, l’Archipel du Goulag, implacable condamnation de la répression soviétique, et pourtant, même lui, il a calé : il n’a pas publié sa recherche sur les Protocoles. Il a demandé que cette étude ne soit publiée qu’après sa mort. C’est contre sa volonté qu’elle fut imprimée en un nombre très réduit d’exemplaires, en 2001. Suivons le développement de la pensée de Soljenitsine et plongeons le regard dans la boule de cristal des Protocoles, tout en écartant pour le moment leur « ligne juive » et en nous concentrant sur l’idée de la création d’un nouveau système, pas nécessairement dominé par les Juifs, donc. Le plan-maître commence par la reconstruction de l’esprit humain :

« Les esprits des gens doivent être détournés (de la contemplation) vers l’industrie et le commerce : dès lors, (les gens) n’auront plus le temps de penser. Les gens se consumeront à la poursuite de l’argent. Ce sera une poursuite vaine, car nous bâtirons l’industrie sur une base spéculative : les richesses tirées de la terre par l’industrie glisseront entre les mains des travailleurs et des industriels et se retrouveront entre celles des financiers.

« La lutte – intensifiée – pour la survie et la supériorité, accompagnée de crises et de chocs, créera des communautés froides et sans cœur, avec une forte aversion envers la religion. Leur seul guide sera celui de Mammon, auquel ils voueront un véritable culte ».

Le caractère visionnaire d’Anonyme est époustouflant : aux jours de la publication des Protocoles, l’Homme était encore la mesure des choses, et il faudra que bien quatre-vingts ans se passent, avant que Milton Friedman et son Ecole de Chicago n’intronisent les dieux Marché et Profit en seuls flambeaux guidant le Monde.

L’outil pour l’asservissement des esprits, ce sont les médias, écrit l’Anonyme. « Il est une puissante force qui crée le mouvement de la pensée, dans le peuple : cette force, ce sont les journaux. C’est dans les journaux que le triomphe de la liberté de parole trouve son incarnation. Au moyen de la Presse nous avons conquis le pouvoir d’influencer les esprits tout en demeurant inaperçus. Nous éradiquerons de la mémoire des Hommes les faits historiques dont nous ne désirons pas qu’ils les connaissent, et nous ne laisserons perdurer que ceux qui nous conviennent. »

Des années s’écouleront, depuis la publication (de ces Protocoles) avant qu’un petit groupe de personnes qui contrôlent notre discours tout en demeurant dans l’ombre, les seigneurs des médias, n’émergent de l’ombre. La libre contestation des barons des médias, Berlusconi et Black, Maxwell et Suzberger, Gusinsky et Zuckerman, est bannie des médias qu’ils possèdent, tandis que leur affinité coopérative demeure impressionnante. La liberté de parole survit là où des médias indépendants (des magnats des médias) existent encore. Il y a cent ans, cette force était bien plus faible que de nos jours, et il est étonnant que l’Anonyme en ait reconnu les virtualités.

Un siècle avant l’avènement de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, les Protocoles notaient que les prêts sont le meilleur moyen pour déposséder des pays de leurs richesses ; que les marchés financiers, avec leurs multiples produits dérivés, ponctionnent la richesse et l’accumulent entre les mains des prêtres de Mammon ; que le gain (« les forces du marché ») est la seule mesure du succès de toute stratégie. Oui, l’intérêt des Protocoles n’a pas disparu : en effet, le plan qui y est décrit, consistant à instaurer un régime oligarchique (non nécessairement juif) est en train d’être mis en vigueur, en temps réel ; cela s’appelle le Nouvel Ordre Mondial.

On qualifie parfois les Protocoles de pamphlet d’extrême-droite et anti-utopique. Toutefois, il expose largement le discours de gauche autant que le discours de droite. Un écrivain de droite bénirait le renforcement de la Loi et de l’Ordre, mais la prédiction suivante de l’Anonyme pourrait être écrite, de nos jours, par un libertaire de gauche, comme par exemple Noam Chomsky, témoin de l’actuelle transition vers le Nouvel Ordre Mondial : « La course aux armements et le renforcement des forces répressives amèneront à une société dans laquelle coexisteront les masses – énormes – du prolétariat, quelques millionnaires et beaucoup de policiers et de militaires. »

Toutefois, la pensée la plus pénétrante de l’Anonyme se situe dans la sphère spirituelle :

« La Liberté pourrait être inoffensive et trouver sa place dans l’économie de l’Etat sans porter atteinte au bien-être du peuple, pour peu qu’elle reste cantonnée à la foi fondamentale en Dieu, bien supérieure et excluant la foi en  la Fraternité humaine. C’est la raison pour laquelle il est indispensable, pour nous, de saper toute foi, d’extirper des esprits des gens le principe divin lui-même et l’Esprit, et de le remplacer par les calculs arithmétiques et les besoins matériels. »

L’Anonyme établit un rapport entre la Foi et l’idée de Fraternité humaine. Saper la Foi ruine la Fraternité. La Liberté, d’état d’esprit désirable et beau, se mue en tendance destructrice lorsqu’elle est déconnectée de la Foi. En lieu et place de la Foi, l’Ennemi propose l’adoration de Mammon.

Lorsque nous lisons, aujourd’hui, les philippiques de l’International Herald Tribune (16.11.2002) contre les prêtres et les sœurs homosexuels, on ne peut que se  souvenir de ce passage des Protocoles : « Nous avons pris soin de discréditer les prélats catholiques et de ruiner leur mission, qui pourrait faire obstacle à la réalisation de nos plans. De jour en jour, leur influence sur les gens du peuple tombe plus bas. L’effondrement final de la chrétienté est proche. »

Nous sommes témoins de la mise en application de ce plan : la religion est déconsidérée, le néolibéralisme (culte de Mammon) la remplace, tandis qu’avec la déstabilisation du socialisme, nous assistons à l’effondrement d’une tentative courageuse de fraternité non fondée sur la religion, qui laisse un énorme vide idéologique.

Cette observation a fait pousser les hauts cris à certains de mes lecteurs : « Le véritable planificateur du plan-Maître est notre vieil ennemi, le Prince de l’Univers (Satan, ndt), dont le but ultime est l’élimination de la Présence Divine et la perdition de l’Homme ». C’est vrai, mais le Prince de l’Univers ne peut agir directement. Il a besoin d’agents libres de leurs mouvements, qui choisissent d’accepter son projet. Ces agents indispensables et leurs alliés probables, d’après le pamphlet, sont les capitalistes financiers et les Maîtres du Discours, qui en sont  l’’Esprit’.

Ils promeuvent aux plus hautes destinées des « politiciens qui, en cas de désobéissance à nos instructions, devront faire face à des charges criminelles ou devront disparaître. Nous arrangerons les élections en faveur de candidats dont le passé est entaché de sombres méfaits, encore cachés. Ceux-là seront pour nous des agents à la fidélité à toute épreuve, par crainte d’être démasqués. » Voilà qui nous semble familier, à nous, les contemporains du Watergate et de Monika Lewinsky…

Le passage du Stade Un (libéralisme et liberté) au Stade Deux ( tyrannie) s’est produit de notre vivant. Si en 1968 le New York Times fit la promotion des Freedom Riders [Ce sont les beatnicks chevelus qui parcouraient les Etats-Unis sur leurs Harley-Davidson, chevelure au vent, ndt], en 2002, il se fait le propagandiste du Patriotic Act [Réglementation d’exception mise en vigueur aux Etats-Unis à la suite des attentats du onze septembre 2001, ndt]. Un avocat américain de grand renom, Alan Dershovitz, de Harvard, a fait un virage en épingle à cheveux, passant de la défense des droits de l’Homme à celle du Droit de torturer. Ce virage à cent quatre-vingt degrés avait été prédit par les Protocoles, qui les présentent comme la phase ultime de la lutte contre les anciennes élites.

« L’aristocratie tirait profit du travail des ouvriers, et elle était intéressée à les voir bien nourris, en bonne santé, et forts. Le peuple a anéanti l’aristocratie, et il est tombé entre les griffes d’impitoyables scélérats brasseurs de fric. »

En des termes moins émotionnels, la nouvelle bourgeoisie a écarté les vieilles élites, avec le soutien du peuple, tout en promettant la liberté et en critiquant leurs privilèges. Après sa victoire, elle s’arrogea les privilèges (de l’aristocratie) pour elle-même, et s’avéra aussi mauvaise (sinon pire) pour le peuple que les seigneurs féodaux. Marx fit allusion à cette plainte émanant de l’aristocratie dans l’un des nombreux addenda au Manifeste Communiste, en la considérant futile, bien que partiellement justifiée. Toutefois, il ne vécut pas assez longtemps pour assister à un processus similaire, qui se produisit durant les derniers jours de l’Union soviétique. La nouvelle bourgeoisie naissante prit le contrôle du discours, convainquit le peuple de la nécessité de combattre les privilèges de la Nomenklatura, en vue de la liberté et de l’égalité. Après sa victoire, elle s’arrogea ces privilèges, qu’elle multiplia, rejetant aux oubliettes égalité et liberté.

Les Protocoles prédisent l’apogée de la Nouvelle Bourgeoisie – l’apogée des adorateurs de Mammon, partisans de la mondialisation, viscéralement hostiles aux Anciennes Elites, à l’Esprit, à la religion, aux gens ordinaires. Durant très longtemps, ils furent les moteurs de la gauche, des mouvements aspirant à la démocratie : jusqu’à ce que leur objectif soit atteint – après quoi, ils négocièrent leur grand virage en épingle à cheveux, direction : l’oligarchie.

Le gradient de ce virage radical peut se mesurer à l’aune des taux d’imposition sur les transmissions et les propriétés foncières en Angleterre : tandis que la bourgeoisie financière et les Maîtres du Discours combattaient les anciennes classes dirigeantes, les taux étaient élevés – ils finirent par en démanteler le pouvoir ; après la victoire (de la bourgeoisie), les taux baissèrent, permettant la consolidation des nouvelles classes dirigeantes. Il est fort possible que l’Ordre Ancien ait eu lui aussi quelques avantages. C’est une quasi certitude : la transition à partir de l’Ordre Ancien aurait pu être différente si les gens du peuple avaient eu conscience des intentions de l’ennemi. Mais le cours de l’histoire ne saurait être inversé, et il est complètement inutile de rêver au retour des bons et généreux seigneurs et des chefs de Parti dévoués.

Ainsi, on le voit, les Protocoles (expurgés de toute référence aux Juifs et aux conspirations) sont utiles, en ceci qu’ils décrivent le plan du Nouvel Ordre Mondial, aidant ses adversaires à tracer une stratégie défensive contre les desseins de l’Ennemi. Mais les références aux Juifs n’en constituent pas moins une partie non négligeable – et donc importante – de ce texte.

Les Juifs et les Protocoles

Les Protocoles identifient la force agissante du Nouvel Ordre Mondial à un groupe puissant de dirigeants Juifs extrêmement chauvins, manipulateurs et dominateurs. Ces dirigeants – selon les Protocoles toujours – méprisent les membres ordinaires de la communauté [juive] ; ils se servent de l’antisémitisme comme d’un moyen qui leur permet de conserver en esclavage leurs « frères mineurs », les gens du peuple, d’origine juive. Les dirigeants (juifs) sont décrits comme des psychopathes détestant les goyim, voués à la destruction de la culture et des traditions des autres nations, tout en préservant soigneusement les leurs propres. Leur objectif est de créer un gouvernement mondial leur permettant de un monde homogénéisé et globalisé.

Leurs objectifs et intentions sont exprimés en des termes extrêmement antithétiques et péjoratifs. Soljénitisine en conclut qu’aucune personne sensée ne présenterait ses idées favorites d’une manière aussi avilissante et aussi vouée à l’échec. « Nous extrayons l’or de leur sang et de leurs larmes », « notre pouvoir est fondé sur la faim des travailleurs », « nos instruments humains sont les révolutionnaires », « les esprits grossiers des Goyim » sont, pour Soljénitsine, des propos assignés aux Juifs par leurs ennemis. Un Juif préfèrerait exprimer de telles idées de manière biaisée, pensait-il.

Cet argument ne tient pas la route. Certaines personnes, certes, s’expriment indirectement, mais d’autres sont très directes, dans leurs propos. Un Arménien de Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, m’avait dit il y a bien longtemps – c’était en 1988 – « Les Azéris sont nos bestiaux ; sans notre intelligence, à nous les Arméniens, leur pays s’effondrerait en l’espace de quelques jours – ce ne sont que des ânes bâtés ». (Quelques mois plus tard, une explosion de violence des indigènes azéris chassa d’Azerbaïdjan les Arméniens – tellement intelligents –et, depuis lors, les Azéris s’en tirent remarquablement bien tout seuls : merci pour eux !) David Ben Gourion, le premier dirigeant de l’Etat juif, avait frappé du coin de son indicible arrogance une maxime du même acabit : « Ce que disent les Goyim, qui s’en préoccupe ? Seul importe ce que les Juifs font ! » Cette phrase, on la dirait directement extraite des Protocoles des Sages de Sion…

Les Protocoles font dire aux Sages : « Chaque victime juive, aux yeux de Dieu, vaut un millier de Goyim ». Cette phrase, quintessence de l’arrogance, n’est pas la vaine invention d’un antisémite. Deux ministres du gouvernement Sharon, Uri Landau et Ivet Lieberman, ont demandé qu’un millier de goyim palestiniens soient tués pour chaque victime juive. Un extrémiste juif, lors d’une manifestation pour la reconstruction du Temple Juif sur le Mont du Temple (le 18 novembre dernier) a appelé chaque Juif à tuer un millier de Goyim palestiniens. Apparemment, certaines idées des Protocoles ne semblent pas étrangères à certains Juifs…

Le regretté penseur israélien Israël Shahak et l’écrivain juif américain Norton Mezvinsky citent, dans leur ouvrage commun Jewish Fundamentalism in Israël [6] une pléthore de propos de rabbins qui ne dépareraient pas les Protocoles. « La différence entre une âme juive et les âmes de non-Juifs est plus grande et plus profonde que celle qui existe entre l’âme humaine et celle des bestiaux ». Shahak et Mezvinsky ont montré que la haine des Juifs chauvins n’établit pas de distinguo entre Palestiniens, Arabes et Goyim en général. En d’autres termes, tout ce qui a pu arriver aux Palestiniens peut très bien arriver demain à toute communauté de Gentils qui viendrait à se trouver en travers du chemin des Juifs.

En fait, si les Protocoles n’avaient aucun lien avec la réalité, ils n’auraient pas la popularité qui est la leur. Les Juifs sont suffisamment puissants pour rêver de domination, et certains le font. Apparemment, certaines idées juives ont trouvé place dans ce texte. D’autres pensées sont attribuées aux Juifs sur la base du « qui bono » [= « à qui profite le crime ? », ndt].

L’idée sans doute la moins acceptable des Protocoles est la supposition qu’une conspiration extrêmement ancienne de Juifs a pour but de s’emparer du pouvoir sur le monde entier. Une opinion philo-sémite extrême dénie aux Juifs leur capacité à agir ensemble et les présente comme des individus très sur leur quant-à-soi, qui ne s’unissent que pour prier. Cette opinion n’est pas celle des Juifs, et elle contredit le sens commun.

Soljénitsine ne croit pas à l’existence des Sages de Sion, bien que « le rassemblement et la coordination d’activités juives en vue de leur promotion ait pu amener de nombreux auteurs (à commencer par Cicéron) à imaginer qu’il puisse exister un centre unique de commandement qui coordonne leurs offensives. » « Sans un tel centre mondial, sans conspiration, les Juifs se comprennent entre eux, et ils sont capables de coordonner leurs actions. »

Les Juifs sont certes parfaitement capables de coordonner leurs actions, mais je doute que des êtres humains, qu’ils soient juifs ou anglais, russes ou chinois, soient capable de former des plans à l’échelle mondiale valables durant plusieurs siècles et sur plusieurs continents. Personne n’a jamais pu prouver qu’un tel complot existât. Généralement, les « antisémites » (les gens qui mettent en doute, ou dénient, la bienveillance intrinsèque des Juifs vis-à-vis de la société des Gentils) plaident en faveur de l’authenticité des Protocoles, comme le fit Henry Ford. Ce roi de l’automobile a en effet déclaré [7] : « le seul jugement que je porterai, sur les Protocoles, c’est qu’ils s’appliquent parfaitement à ce qui est en train de se passer. » En effet, « ils collent point pour point à la réalité », s’exclama quant à lui, Victor Marsden, traducteur des Protocoles du russe vers l’anglais…

Toutefois, cela ne prouve en rien qu’un quelconque complot juif existe bien. Nous pouvons parvenir aux mêmes résultats en écartant radicalement l’interprétation par le complot, en appliquant le concept d’intérêt propre à la communauté juive existante, telle qu’elle a été remarquablement décrite par Shahak-Mezvinsky. Nous allons démontrer que le concept de la Main Cachée ou des Sages de Sion est superflu et inutile.

La communauté juive traditionnelle avait une structure de « pyramide renversée », d’après l’expression même des théoriciens sionistes : elle comportait beaucoup de gens aisés, cultivés et dirigeants, et très peu d’ouvriers. Cela ne surprendra pas, si l’on sait que les sionistes considèrent, artificiellement, que les Juifs sont divorcés de la société dans laquelle ils vivent. La « pyramide inversée » des Juifs ne pouvait pas exister sans une pyramide, bien à l’endroit sur sa base, quant à elle, des Gentils des classes inférieures. Les Juifs sont en compétition avec les élites indigènes des sociétés des Gentils, pour l’acquisition du droit à exploiter les travailleurs et les paysans Gentils. Le modus operandi des deux compétiteurs diffère. Tandis que les élites indigènes partageaient certaines valeurs avec leurs classes inférieures et garantissaient généralement une certaine mobilité permettant l’ascension sociale, la communauté juive avait sa propre structure et ses propres valeurs.

Economiquement, elle était en faveur de l’exploitation capitaliste ou pré-capitaliste des indigènes, tandis qu’idéologiquement la communauté déclarait sa loyauté à ses propres dirigeants, le rejet d’une commune humanité avec les indigènes, un ethnocentrisme extrême, un sentiment de supériorité raciale et religieuse sur les indigènes. Il s’agissait d’une communauté marginale, ne contractant aucun lien, ni de mariage, ni d’amitié, avec les autochtones. En tant que communauté marginale, les Juifs étaient émancipés des considérations (morales), se perdant dans la nuit des temps, qui pouvaient être celles des autochtones.

Ainsi, par exemple, la communauté juive d’Ukraine, au dix-septième siècle, représentait une cohorte de collecteurs d’impôts sur les fermes et de financiers. Ils extorquaient à chaque autochtone SIX fois plus de taxes et d’intérêts que ne le faisait leur propriétaire gentil, a écrit un historien juif ukrainien éminent, Saul Borovoy, dans un ouvrage paru récemment à Jérusalem. Les communautés juives, au Maghreb, soutenait le pouvoir colonial contre leurs voisins gentils, etc. Leurs traditions interdisaient toutes relations normales avec les autochtones.

Supposons maintenant qu’une communauté ainsi faite œuvre dans ses seuls intérêts égoïstes. Oublions un instant le complot, oublions les Anciens de Sion, sages ou non. Supposons (ce qui est tout à fait concevable) que le seul but de la communauté est de promouvoir son propre bien-être. Pour un groupe marginal, cela signifie élargir autant que faire se peut le fossé qui en sépare les membres de la population autochtone, tout en minimisant les effets potentiellement dévastateurs d’un retour de manivelle.

Le groupe va, naturellement, dans son intérêt propre, soutenir tout mouvement dirigé contre les élites indigènes, qu’il ait été à l’initiative du roi (comme le firent les Juifs, avant la Révolution française), ou par les classes défavorisées en révolte. Ce soutien ne découlera aucunement de l’amour des Juifs pour la démocratie ou de leur nature révoltée, mais bien de leur désir d’améliorer leur propre situation. Une situation idéale serait créée par le massacre ou l’expulsion des élites autochtones, car les membres de la communauté pourraient s’emparer de leurs situations et de leur pouvoir. C’est effectivement ce qui s’est passé dans la Russie soviétique et dans la Hongrie soviétique à la suite de la Première guerre mondiale. Le massacre et l’exil des élites nationales libérèrent les positions de pouvoir et d’influence, les rendant accessibles aux Juifs, en compétition pour ces positions sociales.

L’intérêt explique l’engagement des Juifs dans la redoutable Tchéka, service soviétique de sécurité. Jusqu’en 1937, les Juifs occupèrent les fonctions dirigeantes dans cet ancêtre du KGB, tandis que des millions de Russes perdaient la vie ou leur liberté (du fait de leurs agissements). Objectivement, ces tortionnaires « libéraient » des places – et des appartements – pour leurs coreligionnaires Juifs. Après le massacre et l’exil des élites russes, les Juifs étaient prêts pour l’égalité, car le fils d’un rabbin pouvait aisément entrer en compétition avec un fils d’ouvrier ou de paysan russe, alors qu’il n’aurait sans doute pas été capable de le faire avec un fils (éduqué) de l’aristocratie russe.

De la même manière, les Juifs garantirent une égalité limitée aux Palestiniens jusqu’en 1966, après avoir confisqué jusqu’à 90 % des terres des indigènes et avoir expulsé plus de 90 % d’entre eux. Aujourd’hui, les colons promettent d’accorder l’égalité au reste des Palestiniens, après qu’ils en auront expulsé la majorité encore plus loin. Etant donné le soutien énorme dont jouit Israël, il n’y a aucune raison de supposer que la manière d’opérer des Juifs en Israël soit intrinsèquement différente des intentions des Juifs ailleurs dans le monde.

Soljénitsine écrit : « Les officiers exécutés (durant la Révolution) étaient Russes, comme étaient Russes les nobles, les prêtres, les moines, les députés – assassinés. Dans les années 1920, les ingénieurs et les savants d’avant la Révolution furent exilés ou tués. Ils étaient Russes : des Juifs prirent leur place. Dans le meilleur Institut Psychiatrique de Moscou, les membres dirigeants furent exilés ou arrêtés – leurs places furent prises par des Juifs. Des médecins juifs influents bloquèrent l’avancement de la carrière de chercheurs russes en sciences médicales. Les meilleure éléments des élites intellectuelles et artistiques du peuple russe furent assassinés, tandis que les Juifs croissaient et embellissaient, dans ces années terribles (pour les Russes…) ».

La nouvelle élite juive ne s’identifia pas totalement à la Russie ; elle poursuivi une politique propre. Cela eut un effet décisif en 1991, lorsque plus de 50 % des Juifs (à opposer à à peine 13 % des Russes) soutinrent le coup d’Etat pro-occidental du Président Boris Eltsine.  En 1995, 81 %des Juifs votèrent pour des partis pro-occidentaux, et seulement 3 % pour les Communistes (à opposer à 46 % des Russes), d’après l’ouvrage d’une sociologue juive, le Dr. Ryvkina, Jews in Post-Soviet Russia (1996).

Dans une Amérique en expansion constante, les Juifs n’eurent pas besoin de tuer ou de supplanter les élites autochtones ; ils en devinrent une composante importante, contrôlant le discours et conquérant une puissance financière considérable. Ils ne s’identifient toujours pas avec l’Amérique goy : chaque année, ils forcent le Congrès et l’Administration à envoyer cinq milliards de dollars à leur rejeton américain, et ils s’efforcent de pousser l’Amérique, aujourd’hui, à faire leur guerre à l’Irak, à leur place. Ils se retiennent (pour eux, c’est difficile, mais ils le faut) d’exercer une quelconque discrimination à l’égard des autres Américains, car s’ils le faisaient, ils risqueraient de ne pas pouvoir conquérir les 60 % des médias qui ne sont pas encore entre leurs mains [8].

Les Juifs de France ne s’identifient pas non plus à la France. « Leur identification à l’Etat d’Israël est extrême ; elle efface leurs liens avec le pays dans lequel ils vivent », écrit Daniel Ben Simon dans le quotidien israélien Ha’Aretz. « Cette double loyauté m’a été expliquée sans détour par un médecin juif de Nice : « Si je dois choisir (un jour) entre Israël et la France, cela ne fait pas question : je me sens plus proche d’Israël », m’a dit ce médecin, sans la moindre hésitation. « Né en France, il a été formé en France, il a étudié la médecine en France ; ses patients sont Français, il parle français avec sa femme et ses enfants. Mais dans les profondeurs de son cœur, il ressent une plus grande affinité avec l’Etat juif. » »

En Palestine, les Juifs n’ont aucune compassion pour les indigènes. Ils roulent exclusivement sur des routes réservées, ils font leurs études dans des écoles ségréguées, tandis qu’un Juif consomme dix fois plus d’eau qu’un goy, et bénéficie de revenus sept fois supérieurs. Ainsi, la séclusion juive demeure un fait vécu pour la plus grande partie des communautés juives.

Pour leur propre bien-être, les Juifs doivent dissimuler leur position privilégiée tant en matière de fortune que de pouvoir, par les moyens suivants :

ne jamais cesser de parler de l’Holocauste afin de lutter contre l’envie des autres ;

dans une société monoethnique, les Juifs sont le seul corps étranger à se distinguer et à attirer l’attention, tandis que dans une société multiculturelle, c’est à peine si on les remarque. C’est pourquoi les Juifs encouragent l’immigration provenant de pays non-Européens – la présence des immigrés estompant la marque de l’exclusivisme juif ;

le Politiquement Correct est un moyen supplémentaire d’interdire tout débat au sujet de l’influence des Juifs ;

la lutte contre le christianisme et l’Eglise est dans l’intérêt bien compris d’une communauté non-chrétienne : si l’Eglise était puissante, les Chrétiens préfèreraient leur propre élite, l’élite chrétienne ;

la mondialisation est un développement historique naturel pour un peuple réparti dans le monde entier (ce qui est le cas des Juifs), pour peu qu’ils n’accordent une importance qu’extrêmement limitée au mode de vie du pays où ils vivent (ce qui est aussi le cas des Juifs) ;

l’appauvrissement des indigènes n’est que le revers de la médaille de l’enrichissement des communautés juives.

En résumé, une grande partie (pas la totalité, toutefois) des projets prêtés aux Juifs par les Protocoles sont en effet les idées utiles ou nécessaires pour le bien-être communautaire des Juifs, sans qu’il soit besoin d’une quelconque haine extrême à l’encontre des Gentils ni/ou de la supervision d’on ne sait quels Sages de Sion. Il ne faut pas aller chercher plus loin le succès jamais démenti des Protocoles. Paradoxalement, c’est l’apartheid israélien qui met ces faits en lumière. Sans lui, sans cet apartheid israélien voyant, ces faits resteraient invisibles, pour les communautés humaines qui abritent des Juifs en leur sein.

Notes :

[1] : A Horseless Rider, The Protocols of The Elders of Sion & Imported Biotry, par Qais S. Saleh, CounterPunch, 13.11.2002

http://www.counterpunch.com/saleh1112.html

plus de détail sur :

http://abcnews.go.com/sections/world/DailyNews/egypt021121_TV.html

[2] : http://books.guardian.co.uk/review/story/0,12084,775668,00.html

[3] : CIDE  HAMETE  BENENGELI, pour reprendre l’orthographie de Cervantès.

[4] : Nom de plume de François Rabelais.

[5] : Alexander Solzhenitsyn, Evrei v SSSR i v budushei Rossii, 2001 (en russe).

[6] : Pluto Press, 1999.

[7] : dans une interview publiée dans New York World, 17.02.1921.

[8] : Données fournies par Kevin MacDonald, de l’Université de Californie.

Par Karine Mac Allister

Alors que plusieurs comparaisons politiques et historiques entre Israël et l’Afrique du Sud ont été publiées, il n’existe pas d’analyse juridique systématique de l’apartheid israélien en ce qui concerne tous les secteurs de la société palestinienne: les Palestiniens dans les territoires occupés, les citoyens palestiniens d’Israël, et les réfugiés palestiniens. Cet article est un travail qui vise à fournir un cadre juridique dans lequel on peut discuter de l’applicabilité du crime d’Apartheid à Israël.

L’apartheid est un terme afrikaner pour “apartness,” qui signifie “séparer”, “mettre à part,” “tenir à l’écart”. Il peut se résumer comme l’institutionnalisation d’un régime de discrimination raciale systématique ou plus précisément, “un système politique où le racisme est règlementé dans la législation par des lois du Parlement.”(1)

Le débat sur le fait qu’Israël est oui ou non coupable du crime d’apartheid n’est pas nouveau; de nombreux articles ont été publiés dans les années 1980 et 1990, concluant que la situation en Israël et dans une certaine mesure dans les Territoires Palestiniens Occupés (OPT) était de l’Apartheid.(2)

Toutefois, ce débat a été mis de côté par les processus Madrid-Oslo au milieu des années 1990, qui devaient aboutir, au moins en partie, à une auto-détermination pour les Palestiniens des Territoires Palestiniens Occupés. Le débat sur l’applicabilité du qualificatif d’Apartheid à Israël est apparu récemment, principalement en raison de l’enracinement du régime d’occupation et de colonisation israélien dans les territoires palestiniens occupés et de la poursuite de ses politiques discriminatoires envers les réfugiés et les citoyens palestiniens d’Israël.(3)

Alors que plusieurs comparaisons politiques et historiques entre Israël et l’Afrique du Sud ont été publiées, il n’existe pas d’analyse juridique systématique de l’apartheid israélien en ce qui concerne tous les secteurs de la société palestinienne: les Palestiniens dans les territoires occupés, les citoyens palestiniens d’Israël, et les réfugiés palestiniens. Cet article est un travail qui vise à fournir un cadre juridique dans lequel on peut discuter de l’applicabilité du crime d’Apartheid à Israël.
Il affirme que les politiques et les pratiques du gouvernement israélien équivalent à de l’Apartheid à l’égard des Palestiniens – où qu’ils se trouvent et quel que soit leur statut juridique. Par conséquent, les citoyens palestiniens d’Israël, les réfugiés et ceux qui vivent dans les territoires palestiniens occupés sont victimes, mais de différentes manières, du régime d’Apartheid d’Israël.

Si cet article est limité à l’applicabilité du crime d’apartheid, il ne nie pas, ni ne contredit le fait que le régime israélien à l’égard des Palestiniens est aussi une occupation belligérante et du colonialisme. En effet, les obligations d’Israël, en tant que puissance occupante dans les territoires palestiniens occupés, qui sont tout particulièrement de mettre fin à son occupation et de se retirer des territoires occupés, ne sont pas affectées par l’applicabilité du crime d’apartheid, au contraire, elles en sont aggravées, de même que les obligations de la communauté internationale.

Par conséquent, les victimes du crime d’apartheid, les Palestiniens, ne sont pas seulement des civils protégés dans les territoires palestiniens occupés, mais aussi un peuple – c’est-à-dire des ressortissants palestiniens – victime de violations flagrantes du droit international humanitaire (c’est-à-dire, de l’apartheid et du colonialisme) et ont droit à des réparations, dont un droit au retour, à une restitution, une indemnisation et une réparation.

Le colonialisme, la “sujétion des peuples à une subjugation, à une domination et à une exploitation étrangères” (4) est donc au cœur de toute analyse du conflit israélo-palestinien. Le conflit est colonial parce qu’il est enraciné dans un Sionisme politique qui a pour objectif de judaïser la Palestine par la création d’une majorité juive en Palestine Mandataire – ou, plus largement, en Eretz Israel.(5)
Au cœur du sionisme se trouve donc un projet exclusiviste : la création d’un Etat juif pour le peuple juif. Un tel projet nécessite ou implique la négation de l’autre, de sa présence, de ses droits et de son existence sur la terre et une reconstruction du passé, à savoir que la terre était vide avant l’avènement de la colonisation sioniste, d’où le slogan du mouvement décrivant “une terre sans peuple pour un peuple sans terre.” (6)

Dans sa mise en œuvre pratique, le sionisme se traduit par un régime sophistiqué de discrimination raciale au niveau politique, juridique, social et économique qui a conduit au colonialisme et à l’apartheid ainsi qu’à la dépossession et au déplacement du peuple palestinien. En ce sens, l’apartheid – la séparation des autochtones de leurs terres, d’une part, et des juifs israéliens de l’autre – permet l’entreprise coloniale qui est inhérente au sionisme politique.

Le crime de l’Apartheid en vertu du droit international

L’apartheid est une violation d’un standard du droit international et un crime contre l’humanité.(7)
La Convention sur l’Elimination et la Répression du crime d’apartheid (ci-après la Convention sur l’Apartheid) définit l’apartheid comme “une politique et un système de ségrégation et de discrimination raciale, telle qu’elle était pratiquée en Afrique du Sud” ayant pour but «d’établir et de maintenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur un autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci.” Bien que la Convention soit basée sur l’expérience sud-africaine, elle ne s’y limite pas.(8)

Dans son observation générale, le Comité pour l’Elimination de la Discrimination Raciale a expliqué en outre que “la référence à l’Apartheid pourrait concerner exclusivement l’Afrique du Sud. L’article… [condamnant la ségrégation raciale et l'apartheid) tel qu'il a été adopté, interdit toutes les formes de ségrégation raciale dans l’ensemble des pays."(9)

La Convention sur l'Elimination de la Discrimination Raciale définit de manière large une discrimination raciale comme étant une «distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l'ascendance ou l'origine nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l'exercice, dans des conditions d'égalité, des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social et culturel ou dans tout autre domaine de la vie publique."(10)

La Convention sur l'apartheid définit également l'apartheid comme une violation du droit international perpétrée par un groupe racial contre un autre afin d'obtenir et de maintenir sa suprématie - ou en d'autres termes, "toutes les activités et les pratiques visant à protéger les avantages d'un groupe dominant et/ou de maintenir ou d'accroitre la position inégale d'un groupe subordonné."(11)
Un élément au cœur de la logique d'apartheid est "[la désagrégation de] l’autre par des lignes ethniques définies de manière à diviser pour régner».(12) En ce sens, l’apartheid est l’une des plus graves formes de racisme.

Le crime de l’apartheid comprend le refus du droit à la vie et à la liberté, comme le meurtre, une grave atteinte à l’intégrité physique ou mentale, une violation de la liberté ou de la dignité, la torture ou les traitements cruels, inhumains ou dégradants ou des châtiments et l’arrestation arbitraire et l’emprisonnement illégal. Il comprend également l’imposition délibérée à un groupe racial ou à des groupes des conditions de vie destinées à entrainer leur disparition physique totale ou partielle, l’exploitation de la main-d’œuvre, y compris par le travail forcé, et la persécution des organisations et des personnes qui s’opposent à l’Apartheid.(13)

De plus, l’Apartheid c’est :
” Prendre des mesures, législatives ou autres, destinées à empêcher un groupe racial ou plusieurs groupes raciaux de participer à la vie politique, sociale, économique et culturelle du pays et créer délibérément des conditions faisant obstacle au plein développement du groupe ou des groupes considérés, en particulier en privant les membres d’un groupe racial ou de plusieurs groupes raciaux des libertés et droits fondamentaux de l’homme, notamment le droit au travail, le droit de former des syndicats reconnus, le droit à l’éducation, le droit de quitter son pays et d’y revenir, le droit à une nationalité, le droit de circuler librement et de choisir sa résidence, le droit à la liberté d’opinion et d’expression et le droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques.”(14)

Enfin, l’Apartheid inclut : «Prendre des mesures, y compris des mesures législatives, visant à diviser la population selon des critères raciaux en créant des réserves et des ghettos séparés pour les membres d’un groupe racial ou de plusieurs groupes raciaux, en interdisant les mariages entre personnes appartenant à des groupes raciaux différents, et en expropriant les biens-fonds appartenant à un groupe racial ou à plusieurs groupes raciaux ou à des membres de ces groupes.”(15)

Selon le droit international humanitaire, le premier Protocole additionnel aux Conventions de Genève considère également comme graves infractions “les pratiques d’apartheid et autres pratiques inhumaines et dégradantes, fondées sur la discrimination raciale, qui donnent lieu à des outrages à la dignité personnelle.”(16)

En vertu du droit pénal international, l’apartheid est clairement reconnu comme un crime contre l’humanité commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, c’est-à-dire, des actes inhumains à grande échelle ou le résultat d’une planification délibérée et systématique.

Le Statut de Rome définit l’Apartheid comme étant des actes inhumains “commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur un autre groupe racial ou des groupes et commis avec l’intention de maintenir ce régime.” Ces actes peuvent inclure la déportation ou le transfert forcé de population, l’emprisonnement ou autre forme de grave privation de liberté physique en violation des règles fondamentales du droit international, la torture, la persécution contre un groupe identifiable ou une communauté pour des raisons politiques, raciales, nationales, ethniques, culturelles, religieuses, de sexe ou autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international et d’autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou portant gravement atteinte à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale.”(17)

La Convention sur l’Apartheid comprend l’une des plus vastes définitions de la juridiction pénale internationale et de son application.(18)
La Convention stipule que “la responsabilité pénale internationale est applicable, quel que soit le mobile, aux individus, aux membres d’organisations et d’institutions et aux représentants de l’État, qu’ils résident dans le territoire de l’État où les actes sont perpétrés ou dans un autre État, à chaque fois qu’ils: a) Commettent, participent, inspirent directement ou conspirent à la perpétration des actes mentionnés à l’article II de la présente Convention, b) Favorisent ou encouragent directement la perpétration du crime d’apartheid ou y coopèrent directement.”(19)

La compétence universelle accordée par la Convention permet la poursuite d’individus, de membres d’organisations et agents de l’État, qui peuvent être tenues pénalement responsables, quelle que soit leur résidence et leur motivation, et s’ils encouragent, coopèrent, ou commettent directement des actes ou des omissions dans le cadre du crime d’apartheid.(20)

Applicabilité du crime d’apartheid à Israël

Définition des groupes raciaux

Au cœur de la définition de l’apartheid, c’est la domination institutionnalisée – “légalisée” – d’un groupe racial sur un autre. Examiner si les politiques et les pratiques du gouvernement israélien équivalent à de l’apartheid requiert d’abord une définition de ce qui est prévu par le terme «groupe racial» et qui sont les groupes raciaux dans le contexte du conflit israélo-palestinien.

Pouvons-nous dire que les Palestiniens et les Juifs sont ses groupes raciaux et, si oui, qui est inclus dans ces groupes? Est-ce tous les membres palestiniens et juifs font partie d’un groupe racial ou seulement un nombre limité d’entre eux?

Les concepts de “race” et “racial” ont évolué, passant d’une définition déterminée par des critères biologiques et à une définition “”tolérée par des formes spécifiques historiques de connectivité culturelle et de solidarité.”(21)”
La race sert à naturaliser les groupes qui s’identifient en tant que tels.”(22)
“Alors que la réalité de la “race” est en effet ni naturelle ni biologique, ni psychologique … elle existe néanmoins “car” elle tue des gens” et “continue à fournir l’ossature de certains systèmes féroces de domination.”(23)
Selon Colette Guillaumin, la race est une “réalité juridique, politique et historique, qui joue un véritable rôle contraignant dans un certain nombre de sociétés” ce qui explique pourquoi “tout appel à la race… est une geste politique.”(24)

Le terme «groupe ethnique» a été défini par Max Weber comme étant «des groupes d’hommes qui entretiennent une croyance subjective dans leur ascendance commune en raison de similitudes de type physique ou de coutumes ou les deux, ou en raison de souvenirs de la colonisation et des migrations, cette conviction doit être importante pour la formation de groupes; de plus, il n’est pas question de savoir si un lien de parenté par le sang existe.”(25)
Dans certains cas, «groupe ethnique» a été remplacé ou utilisé de manière interchangeable avec “groupe racial” bien que cette pratique ne soit pas acceptée par tous.(26)
Toutefois, dans la pratique, le Comité des Nations Unies sur l’Elimination de la Discrimination Raciale utilise les termes «groupe racial» ou «groupe ethnique» de manière interchangeable.
Donc, les définitions et les différences entre un groupe racial et ethnique sont malléables et se sont estompées. Pour les besoins de cet article, ils sont utilisés de façon interchangeable en se basant sur l’hypothèse que les deux concepts sont composés d’identités élaborées à la suite d’une perception commune de descendance culturelle, nationale, religieuse ou de traits biologiques.

La définition d’un groupe «racial» ou «ethnique» résulte essentiellement d’une auto-identification, qui exige un choix volontaire et conscient. En effet, le Comité sur l’Elimination de la Discrimination Raciale est d’avis que «la manière dont les individus sont identifiés comme étant membres d’un des groupes raciaux ou ethniques … doit, sauf justification du contraire, être basée sur une auto identification de l’individu concerné.”(27)

Les victimes de l’apartheid, dans le cas d’Israël, sont les Palestiniens, à savoir les personnes appartenant à la nation palestinienne. Pour les Palestiniens, la question est de savoir s’ils se considèrent comme des ressortissants palestiniens. S’ils le font, et quelle que soit leur situation géographique ou leur statut juridique, ils constituent une «race» ou un groupe «ethnique» en raison de leur identité commune, qui comprend par exemple une culture, une histoire et une origine communes. Que les Palestiniens soient des citoyens d’Israël, des réfugiés et/ou des personnes protégées dans les territoires palestiniens occupés n’est pas pertinent, tant qu’ils se considèrent comme des Palestiniens. Par conséquent, les Palestiniens sont un groupe ethno-national sur la base de leur auto-identification volontaire en tant que ressortissants palestiniens.

L’administration de l’Apartheid

En plus d’une auto-identification, l’identification à un groupe «racial» ou «ethnique» peut résulter de la perception prévue de “l’autre” comme l’Etat ou un autre groupe «racial» ou «ethnique». En projetant ou imposant sa perception de “l’autre”, l’individu, l’Etat ou autre, un groupe racial construit son identité, et avec elle l’identité de “l’autre”. Comme l’explique Richard Jenkins, “notre identité est la compréhension de qui nous sommes et de ce que sont les autres, et réciproquement, une compréhension par d’autres d’eux-mêmes et des autres (nous y compris).”(28)
En ce sens, un groupe ou une identité collective n’est pas une démarche unilatérale parce que “toutes les identités (individuelles et collectives) sont constituées par le processus de dialectique interne-externe de l’identification.”(29)
Dans le contexte d’un régime d’apartheid, cette identification de “l’autre” prend une forme bureaucratique supplémentaire pour faciliter l’administration de la législation discriminatoire, politique et pratique

Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, les Palestiniens sont également racialisés par la construction et la projection d’une palestinisation raciale par les Israéliens juifs Sionistes dans l’État d’Israël. Les Palestiniens sont “traités comme un groupe racial, et non simplement à la manière d’un groupe racial, mais comme un groupe racial méprisé et démonisé.”(30)
En revanche, “les Israéliens juifs occupent la position structurelle des Blancs dans la hiérarchie raciale du Moyen-Orient.”(31)
Sur le plan juridique et administratif, la définition de qui est un ressortissant palestinien, par exemple, est imposée par un contrôle israélien sur l’enregistrement de population en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Ce contrôle permet à Israël de définir qui est un Palestinien – à savoir, un «non-Juif, ‘(c’est-à-dire, un Arabe), «un absent» ou «un présent-absent”.
En Israël, l’Etat conserve un registre des Palestiniens en intégrant la distinction entre «Juifs» et «Arabes» dans la bureaucratie régissant ses citoyens, une distinction qui a été clairement inscrite sur les cartes d’identité délivrées par l’État à ses citoyens jusqu’en 2002,(32)

Le changement n’est pas survenu à la suite d’une volonté de mettre fin à la discrimination systématique à l’égard des citoyens palestiniens, mais en raison de désaccords au sein de l’establishment religieux juif sur qui est Juif.(33)
En conséquence, la «nationalité» des citoyens n’a plus été inscrite sur les cartes d’identité délivrées par l’Etat, mais les Palestiniens sont encore identifiés en tant qu’”Arabes” sur leur certificat de naissance ainsi que dans les registres du Ministère israélien de l’Intérieur. Pour le dire plus simplement, “Israël ne possède pas une citoyenneté universelle unique pour l’ensemble de ses citoyens.” (34) dans les Territoires Palestiniens Occupés (à l’exception de Jérusalem (35)), l’”administration civile” de l’armée contrôle le registre de population et en dernier, l’Autorité Palestinienne peut délivrer des cartes d’identité palestiniennes aux habitants des TPO.
Par conséquent, grâce à des lois, des pratiques et des politiques, l’État d’Israël a établi une hiérarchie de statuts qui touche tous les ressortissants palestiniens.

Hérarchie des statuts d’Israël

Statut A : Juif Israélien
Citoyenneté : Israélienne
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : 0
Accès à la terre : Pas d’accès à la zone A dans les TPO

Statut B : Palestinien d’Israël
Citoyenneté : Israélienne
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : 0
Accès à la terre : Pas d’accès à la zone A dans les TPO

Statut C – : Détenteur d’une carte d’identité palestinienne en Israël
Citoyenneté : Israélienne
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : Présent-Absent
Accès à la terre : Pas d’accès à la zone A dans les TPO

Statut D : Résident palestinien de Jérusalem Est Occupée
Citoyenneté : Carte d’identité de Jérusalem
Statut juridique vis-à-vis de leur terre :
Accès à la terre : Accès limité aux TPO

Status E : Réfugié palestinien de Jérusalem Est Occupée
Citoyenneté : Carte d’identité de Jérusalem
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : Absent
Accès à la terre : Accès limité aux TPO

Status F : Résident palestinien de Cisjordanie Occupée
Citoyenneté : Carte d’identité de Cisjordanie
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : Gouverné par l’Autorité Palestinienne
Accès à la terre : Pas d’accès au-delà des TPO

Status G : Résident palestinien de la Bande de Gaza Occupée
Citoyenneté : Carte d’identité de Gaza
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : Gouverné par l’Autorité Palestinienne
Accès à la terre : Pas d’accès au-delà des TPO

Statut H : Palestinien déplacé interne des TPO
Citoyenneté : Carte d’identité de Cisjordanie ou de Gaza
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : Absent
Accès à la terre : Pas d’accès aux terres à l’intérieur des TPO d’où il a été déplacé

Statut I : Réfugiés palestiniens des TPO
Citoyenneté : Carte d’identité de Cisjordanie ou de Gaza
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : Absent
Accès à la terre : Pas d’accès aux terres en Israël d’où il a été déplacé

Status J : Réfugié palestinien à l’extérieur de la Palestine Historique
Citoyenneté : Déterminée par la citoyenneté/pays de résidence
Statut juridique vis-à-vis de leur terre : Absent
Accès à la terre : Pas d’accès à la Palestine Historique (sauf par l’obtention de visa de touristes sur un passeport étranger)

Dans le cas du groupe dominant et des auteurs de l’apartheid, l’examen est basé sur le fait qu’ils se considèrent comme des citoyens juifs d’Israël et des sionistes. Les Juifs sont considérés comme des ressortissants israéliens selon la propre définition extraterritoriale de la nationalité telle que définie et appliquée par l’État d’Israël, bien qu’il existe une importante discrimination sociale et économique à l’encontre des Juifs Israéliens non-européens, sujet qui n’est pas concerné par cet article. Cependant, tous les juifs n’exercent pas leur privilège et ne demandent pas la citoyenneté israélienne. Par conséquent, on ne peut pas considérer toutes les personnes de religion juive comme faisant partie d’un groupe racial ou ethnique dans le contexte du conflit israélo-palestinien, malgré le fait que l’État d’Israël se présente lui-même comme le représentant des Juifs du monde entier.

Seuls ceux qui sont devenus volontairement des citoyens israéliens et adhèrent à l’idéologie politique d’Israël, le Sionisme, constituent le groupe «racial» ou «ethnique» dans ce contexte. Le Sionisme politique – “la transformation de la Palestine, en totalité ou en partie, en terre juive d’Israël (Eretz Israël), par la dépossession et le transfert de masse de la population arabe palestinienne autochtone hors de Palestine et la création, via la colonisation juive de la Palestine, d’un Etat juif souverain “- est au cœur de la réalité juridique, politique et historique de l’État d’Israël,(36) un Etat Sioniste contrôlé par les Israéliens juifs. Par conséquent, l’élément commun de ce groupe ethno-national est l’auto-identification en tant que juif israélien et sioniste.

Bien que la société israélienne juive puisse être considérée comme complice dans la perpétration du crime d’Apartheid par son financement de l’appareil d’État avec l’argent de ses impôts, le service dans l’armée israélienne et d’autres institutions impliquées dans la perpétration du crime, les Israéliens juifs qui sont opposés au Sionisme et reconnaissent les droits des Palestiniens ne peuvent pas être tenus au même niveau de responsabilité.

En outre, l’idéologie politique sioniste dans notre analyse des auteurs de l’apartheid nous permet de distinguer une responsabilité accrue de la part de ceux qui ont sciemment choisi d’obtenir leur droit à la citoyenneté israélienne grâce à la Loi israélienne du Retour ainsi que de ceux qui ont activement cherché à perpétuer l’Apartheid en travaillant et en adhérant aux institutions complices de ce crime, en particulier dans les domaines de prises de décision gouvernementales et militaires. Un cadre intégrant les partisans du sionisme comme coupables de ce crime de l’apartheid nous permet également de tenir les acteurs internationaux qui ont soutenu le projet sioniste, comme les groupes Chrétiens Sionistes, responsables pour leur encouragement et leur coopération avec le groupe racial qui a appliqué les politiques et les pratiques constituant le crime d’apartheid.

Par conséquent, dans le cadre de l’applicabilité du crime d’apartheid à l’Etat d’Israël, les deux groupes «raciaux ou ethniques» concernés sont les ressortissants palestiniens et les sionistes juifs israéliens.

L’Apartheid de l’autre côté de la Ligne Verte et des frontières

Les Israéliens juifs Sionistes, le groupe qui forme et contrôle le gouvernement israélien, a «légalisé» un système institutionnalisé de discrimination raciale à l’égard des ressortissants palestiniens qui a pour but d’établir et de maintenir une domination des Israéliens juifs Sionistes sur des ressortissants palestiniens. Bien que le statut juridique du territoire d’Israël et des Territoires Palestiniens Occupés soit différent, certaines des lois fondamentales et des institutions d’Israël sont appliquées et fonctionnent dans les deux territoires, sans discernement, affectant tous les ressortissants palestiniens, y compris ceux qui ont été déplacés à l’extérieur des limites de ces zones, c’est-à-dire les réfugiés.

Comme le concluait M. Miloon Kothari, l’ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit au Logement : “Pour la plupart, les institutions, lois et pratiques qu’Israël avait mises au point pour déposséder les Palestiniens (maintenant citoyens israéliens) à l’intérieur des frontières de 1948 (délimitées par la Ligne verte) ont été appliquées avec le même effet dans les zones occupées depuis 1967.”(37)

Alors que la partie suivante traite de la continuité géographique du crime d’apartheid d’Israël dans la mesure où il affecte les ressortissants palestiniens indépendamment de leur localisation, il est important de noter que certaines lois, politiques et pratiques de l’apartheid énumérées dans la Convention sur l’Apartheid et violées par Israël ont souvent des effets différents sur les différents segments du groupe palestinien.

Par exemple, le refus du droit de retour (listé comme politique et pratique d’Apartheid dans l’article II (c) de la Convention sur l’Apartheid) touche de façon disproportionnée les réfugiés palestiniens et les personnes déplacées, s’ils vivent dans un camp de réfugiés au Liban ou à Gaza ou dans une ville à proximité de leur village d’origine en Israël, tandis que les restrictions à la libre circulation des Palestiniens empêchent les citoyens d’Israël d’entrer dans Gaza et dans la «zone A» en Cisjordanie et les Palestiniens ayant des cartes d’identité de Cisjordanie de franchir la Ligne Verte et de se déplacer dans l’ensemble des Territoires Palestiniens Occupés.

Un point important à garder à l’esprit dans ce qui suit, c’est qu’indépendamment des variations dans la manière dont l’apartheid israélien affecte les différents segments de la population palestinienne : Puisque c’est le même Etat agissant au nom du groupe de juifs sionistes israéliens qui met en place ces lois, politiques et pratiques, avec l’objectif clair d’établir et de maintenir la domination de ce groupe en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, il est erroné de considérer les violations comme limitées à une région, une erreur commise par de nombreuses personnes qui limitent leur analyse de l’apartheid israélien à une zone géographique ou à un segment particulier de la société palestinienne.

Comme l’explique Oren Yiftachel : “Les habituelles tentatives scientifiques et politiques qui représentent l’existence d’Israël à l’intérieur de la Ligne Verte en tant que «juive et démocratique», sont donc des analyses erronées et politiquement trompeuses.” (38)
Il suggère que «l’ensemble de la zone sous contrôle israélien – qui est, Israël/Palestine entre le fleuve et la mer – devrait être analysé en tant que secteur politico-géographique.”(39)
Les personnes déplacées et empêchées de revenir dans cette zone politico-géographique sont des éléments au cœur d’une telle analyse.

La nature systématique de la discrimination raciale – l’intention et le projet de distinguer, d’exclure, de dominer et d’opprimer en raison de la nationalité – est consacrée dans un certain nombre de lois politiques et pratiques israéliennes motivées par le sionisme politique. Parmi ces lois, politiques et pratiques, il existe de nombreux projets de transfert de population mis au point par les Israéliens juifs sionistes pour transférer – soit en interne soit en externe – les ressortissants palestiniens d’Israël et des Territoires Palestiniens Occupés et pour empêcher le retour de ceux qui ont été déplacés.(40)

Ces projets comprennent le Plan Dalet, le plan militaire mis en place en 1948 qui visait à élargir les zones juives au-delà de celles allouées par l’ONU dans le Plan de partage de 1947 (Résolution 181) et de supprimer toute présence arabe/palestinienne de ces zones, le plan Allon, qui avait pour objectif d’annexer le plus possible de terres palestiniennes immédiatement après l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, la principale devise était “un maximum de sécurité et un maximum de territoire pour Israël avec un minimum d’Arabes”, et le plan Dayan, qui avait pour but de faciliter le contrôle d’Israël sur les terres dans les Territoires Palestiniens Occupés, mis au point par Moshe Dayan, qui expliquait : «Il est également important pour nous de souligner que nous ne sommes pas des étrangers en Cisjordanie. La Judée et la Samarie, c’est Israël et nous n’y sommes pas des conquérants étrangers mais des personnes revenant à Sion.”(41)

Cela dépasse la portée de cet article d’examiner l’ensemble du régime qui soutient l’apartheid en Israël et dans les Territoires Palestiniens Occupés. Il suffit de dire qu’un certain nombre de lois, de politiques et pratiques fondamentales de l’État d’Israël correspondent à une discrimination raciale systématique et institutionnalisée dans le but d’établir et de maintenir la supériorité des sionistes juifs israéliens sur les Palestiniens.(42)

Parmi ces lois, on trouve la Loi du Retour de 1950, qui stipule que tous les Juifs du monde entier sont considérés comme des ressortissants de l’Etat et peuvent acquérir la nationalité israélienne.(43)
Les Palestiniens (non-Juifs) sont soumis à la Loi sur la Citoyenneté et l’entrée en Israël de 1952, qui limite l’obtention de la citoyenneté israélienne aux non-Juifs qui étaient présents sur le territoire d’Israël entre 1948 et 1952 et à leurs descendants. Cette loi exclut et dénationalise de facto les réfugiés palestiniens qui ont été déplacés en 1948(44) tandis que les Juifs du monde entier peuvent “revenir” en “Israël”, y compris dans les Territoires Palestiniens Occupés. La Loi du Retour et la Loi sur la Citoyenneté sont à la base d’un régime de discrimination systématique, elles créent un statut supérieur – pour les ressortissants juifs – et un statut inférieur – pour les «Non-Juifs» composés principalement de Palestiniens.

Ce régime discrimine les Palestiniens, en particulier les réfugiés palestiniens, sur la base de la nationalité. John Quigly conclut : “En discriminant les autochtones, aussi bien ceux qui ont été déplacés que ceux qui ne l’étaient pas, ces deux lois constituent une législation de l’Apartheid.”(45)
En outre, le Parlement israélien, la Knesset, a récemment voté une loi pour «Assurer le Rejet de la Loi sur le droit au Retour», qui prévoit que les réfugiés, y compris les personnes déplacées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza en 1967, ne reviendront pas sans l’approbation d’une majorité absolue des ministres.(46)

La Knesset a également adopté une modification temporaire de la Loi sur la Citoyenneté et l’Entrée en Israël qui suspend la possibilité d’accorder la citoyenneté israélienne et des permis de séjour en Israël, notamment par le regroupement familial, aux résidents des Territoires Palestiniens Occupés.(47)
Ces toutes récentes lois ont été adoptées avec l’intention de maintenir une majorité démographique juive en Israël et dans les TPO et de protéger cet avantage en refusant les droits des Palestiniens au retour et au regroupement familial.

D’autre part, deux systèmes juridiques sont en vigueur dans les TPO. Lors de l’examen de l’Etat d’Israël par le Comité pour l’Elimination de la Discrimination Raciale, la délégation israélienne a confirmé verbalement que deux régimes juridiques sont applicables dans les TPO : les Juifs sont soumis à la loi israélienne (Loi fondamentale israélienne), tandis que les Palestiniens sont soumis à un complexe mélange de lois datant de l’Empire ottoman, britannique, jordanien et des ordres militaires israéliennes.(48)
En d’autres termes, Israël applique la loi israélienne de façon extraterritoriale : quand un citoyen israélien va dans les TPO, la loi israélienne le suit. Comme le déclarait Golda Meir : «La frontière [d'Israël] est l’endroit où vivent les Juifs et non celui où il y a une ligne sur la carte.” (49)
Cette réalité crée un système juridique à deux vitesses qui constitue clairement une discrimination basée sur des motifs nationaux à l’égard des ressortissants palestiniens dans et issus des Territoires Palestiniens Occupés.

Des institutions paraétatiques telles que l’Agence Juive (AJ) et l’Organisation Sioniste Mondiale (OSM), qui comprend le Fonds National Juif (FNJ), l’United Israel Appeal, et d’autres institutions ou sociétés détenues et contrôlées par l’OSM (50) et l’Administration gouvernementale des Terres d’Israël assurent l’immigration juive et le contrôle et la gestion d’environ 92% des terres en Israël.(51).

Ces organisations sont des organismes paraétatiques dans lesquels “les dispositions constitutionnelles exclusives de l’OSM, l’AJ et le FNJ (seulement pour les juifs) sont incorporées dans les textes de lois de l’État d’Israël à travers une chronologie détaillée de la législation stratégique de la Knesset …” (52)

La Charte de l’Agence Juive, précise que «La terre doit être acquise en tant que propriétés juives … et le titre des terres acquises est à mettre au nom du FNJ afin que celui-ci puisse détenir les propriétés inaliénables du peuple juif. L’Agence doit favoriser la colonisation agricole basée sur une main-d’œuvre juive, et dans tous les travaux ou entreprises réalisés ou favorisés par l’Agence, il est considéré comme une question de principe que la main-d’œuvre utilisée soit juive.”(53)

L’Agence Juive et l’Organisation Sioniste Mondiale font partie de l’Etat d’Israël. Leur mandat et leur relation est inscrite dans la Loi sur le statut de l’Organisation Sioniste Mondiale et de l’Agence Juive de 1952, dans la Loi de Keren Kayemeth LeIsrael (Fonds National Juif) de 1953; dans le Pacte de 1954 entre le Gouvernement d’Israël et l’Exécutif sioniste; dans le Pacte de 1961 entre le Gouvernement d’Israël et le Fonds National Juif; dans le Pacte de 1971 entre l’État d’Israël et l’Organisation Sioniste Mondiale.

La Knesset israélienne (Parlement) et l’OSM/JA ont signé en 1952 la Loi sur le statut de l’Organisation Sioniste Mondiale et de l’Agence Juive qui stipule:
“La mission de faire venir les exilés, ce qui est la tâche principale de l’État d’Israël et du mouvement sioniste de nos jours, exige un effort constant des Juifs de la diaspora ; l’Etat d’Israël prévoit, donc, une coopération de tous les Juifs, en tant qu’individus et groupes, dans l’édification de l’État et dans l’aide à l’immigration des masses de Juifs (dans l’Etat) … “(54)

La Charte du FNJ, telle qu’elle a été reprise en Israël en 1954, définit son principal objectif qui est “d’acheter, d’avoir en bail ou par échange, ect.. dans les régions recommandées (expression dans la charte qui signifie, l’État d’Israël dans toutes les régions relevant de la juridiction du gouvernement israélien) ou parties, afin d’établir des Juifs sur ces terres et propriétés.”(55) L’Agence Juive et l’Organisation Sioniste Mondiale “jouissent d’un droit légal pour exercer une discrimination en faveur des Juifs” (56) parce que leur contrôle de la terre assure la base de la «patrie nationale juive” ou Eretz Israel.(57)

Lors d’une restructuration en 1971, l’Agence Juive et l’Organisation Sioniste Mondiale ont accepté une séparation du travail sur une base géopolitique : L’Agence Juive est active en Israël alors que l’Organisation Sioniste Mondiale est active dans tous les Etats membres de l’ONU et dans les Territoires Palestiniens Occupés.
“Selon cet accord, la Division de la colonisation de l’OSM, financée par le gouvernement d’Israël et/ou par des dons non-exonérées d’impôt, est engagée dans les Territoires Occupés en 1967, alors que le Département Israël de l’Agence Juive, financé par divers appels de fonds sionistes exemptés d’impôts, est engagée dans l’État d’Israël.”(58)
Dans les Territoires Palestiniens Occupés, plus de 40% des terres de la Cisjordanie Occupée sont sous contrôle des colonies juives et des infrastructures connexes, et ne sont plus accessibles aux Palestiniens.(59) Il est donc indéniable que l’Agence Juive et l’Organisation Sioniste Mondiale agissent, aussi bien par leurs politiques que par leurs pratiques au bénéfice exclusif des ressortissants juifs en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, et travaillent en tant qu’organisations paraétatiques qui mettent en œuvre et administrent des politiques et des pratiques d’apartheid au nom de l’État israélien.

Afin d’acquérir des terres, un certain nombre de lois et de mesures ont été adoptées. Il s’agit, par exemple, de l’Ordonnance de 1943 (acquisition des terres à des fins publiques) et de la Loi de 1950 sur les Biens des Absents.(60) Celle-ci permet à l’Etat d’acquérir les terres des Palestiniens déplacés pendant la Nakba. En vertu de cette loi, les Palestiniens déplacés sont considérés comme «Absents», c’est-à-dire toute personne, qui se trouvait avant Septembre 1948, hors du pays dans une zone sous le contrôle des Forces de la Ligue Arabe, ou qui avait quitté son lieu normal de résidence au cours de la période indiquée dans la Loi, ou qui, entre le 29 Novembre 1947 et la date d’entrée en vigueur de cette loi, était considérée comme “Absent.’(61)

Bien que n’étant pas ouvertement discriminatoire, le terme «personne» dans la loi est interprété comme n’incluant pas les Juifs.(62) Cette loi s’applique aux réfugiés palestiniens et aux personnes déplacées (PDI) en Israël, qui sont considérés comme des «Présents Absents» (physiquement présents mais absents en vertu de la loi). Les terres confisquées en vertu de cette loi ont été cédées à l’Administrateur des Biens des Absents de l’État.

Un régime similaire existe dans les Territoires Palestiniens Occupés, en vertu duquel les terres confisquées sont cédées à l’Administrateur des biens gouvernementaux et abandonnés en Judée et Samarie (Cisjordanie Occupée) par un certain nombre d’ordonnances militaires tels que l’Ordre militaire n° 58 de 1967, l’Arrêté concernant les Biens des Absents (Propriétés privées). En vertu de cet ordre “Les biens dont le propriétaire légal, ou toute personne à qui la loi a accordé le contrôle, a quitté la zone avant le 7 Juin 1967 ou après”(63) est déclarée absente ou ses biens abandonnés. Les biens sont cédés à l’Administrateur qui acquiert tous les droits précédemment acquis par le propriétaire.(64)

“Théoriquement et juridiquement, l’«Administrateur» est chargé de protéger les biens et les actifs des «Absents» jusqu’à ce qu’ils reviennent pour réclamer leurs droits. Toutefois, dans la pratique et parce qu’Israël a toujours empêché le rapatriement des réfugiés, l’«Administrateur» en Cisjordanie fonctionne de manière presque identique à son homologue à l’intérieur d’Israël. Pour l’essentiel, le premier facilite la cession des «Biens des Absents» (en particulier les terres) à un contrôle juif et donc empêche les propriétaires légitimes palestiniens de réclamer leurs propres terres et biens.”(65)

La loi sur les Biens des Absents de 1950 et l’Ordre militaire n° 58, l’Arrêté concernant les Biens des Absents (Propriétés privées) violent l’interdiction contre l’expropriation des propriétés foncières appartenant à un groupe racial.(66)
En d’autres termes, «la législation israélienne exclut la population autochtone des terres des colons mais n’exclut pas les colons des terres des autochtones»(67).

En plus de la législation israélienne d’Apartheid, l’Etat applique des pratiques de séparation physique et de ségrégation. Par exemple, le gouvernement israélien a une politique de démolitions de maisons et d’expulsion forcée à l’égard des Palestiniens en Israël et dans les Territoires Palestiniens Occupés, en particulier dans les zones qu’Israël cherche à acquérir, tels que la zone C, Jérusalem-Est et la zone fermée entre le Mur et la Ligne Verte en Cisjordanie, et le Naqab (Négev), Jaffa et la Galilée.(68)
Miloon Kothari, le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le Logement, a estimé que “les démolitions ordonnées soit par absence de permis de construire soit sous un autre prétexte ont une dimension militaire et un caractère cruel gratuit.”(69)

Dans sa critique d’Israël, le Comité Contre la Torture a exprimé ses craintes en disant que “la politique israélienne concernant les démolitions de maisons … pourrait, dans certains cas, correspondre à un traitement cruel, inhumain ou dégradant ou à une punition.”(70)
La politique de démolitions de maisons palestiniennes du gouvernement israélien nie clairement le droit à la dignité et le droit de vivre sans torture, sans traitements inhumains ou dégradants ou châtiment. Dans les TPO, le Mur et son régime associé a clairement pour objectif et pour effet de séparer les juifs Israéliens des Palestiniens, d’acquérir les terres palestiniennes pour les colonies juives et leur infrastructure et la création d’une majorité juive sur ces terres.(71)
La Cour Internationale de Justice, un certain nombre des organes des droits de l’homme des Nations Unies, des experts indépendants et le Comité International de la Croix-Rouge ont conclu que la construction du Mur avait provoqué des déplacements forcés et équivalait à un transfert de population.(72)

En Israël, les Palestiniens déplacés au-delà des frontières du nouvel Etat d’Israël ont été intentionnellement et systématiquement empêchés de revenir. Pendant la période de 1948 à 1966, Israël a maintenu et accru le système de lois d’urgence du Mandat Britannique en les appliquant exclusivement aux Palestiniens qui ont réussi à rester dans les frontières de l’état naissant.

Ces lois d’urgence ont entrainé des restrictions à la mobilité, une gouvernance militaire arbitraire qui a impliqué l’imposition de lois militaires aux citoyens palestiniens alors que les citoyens israéliens juifs étaient soumis à des lois civiles. L’objectif principal de ces lois était de débarrasser la terre de ses habitants autochtones afin de transférer les titres de propriété des terres à l’Etat et aux agences sionistes internationales.(73) Les politiques et les pratiques utilisées par Israël dans l’administration des Palestiniens à l’intérieur des TPO sont une prolongation évidente du régime de gouvernance militaire qui était en place de 1948 à 1966.

En Israël, les lois nationales et les stratégies globales concernant l’urbanisme ont un effet similaire en particulier dans le Naqab, à Jaffa et en Galilée, où il existe encore un grand nombre de Palestiniens. Par exemple, les Bédouins Palestiniens dans le Naqab vivent dans des villages qui sont antérieurs à la création de l’État israélien, mais ils sont «non reconnus», selon la Loi d’Urbanisme et de Construction de 1965. Cette loi a défini les zones des communautés et des régions où les bâtiments et les constructions sont autorisés et rendu illégaux les bâtiments ou maisons d’habitations situés à l’extérieur de ces zones, qui sont donc soumis à la démolition.(74)

Israël ne fournit pas à ces villages l’accès aux services de base, il arrose souvent leurs terres de produits chimiques toxiques et démolit les maisons situées dans ces régions pour prendre le contrôle de la terre afin de mettre en place des soi-disant projets de développement juifs.(75)
Les personnes déplacées sont obligées de déménager dans l’un des sept futures villes-”concentration”- l’équivalent des réserves – où elles sont circonscrites dans un minimum d’espace, complètement inadaptées à leur mode de vie de nomades et d’éleveurs.(76)

Dans un récent rapport, Human Rights Watch a conclu que «la politique discriminatoire de la gestion des terres et de l’urbanisme a rendu pratiquement impossible aux Bédouins de construire légalement là où ils vivent, et les a aussi exclus des plans nationaux de développement de la région. L’Etat impose des expulsions forcées, des démolitions de maisons et autres mesures punitives contre les Bédouins qui sont disproportionnées par rapport aux mesures prises concernant les structures appartenant à des Israéliens juifs qui ne sont pas conformes à la Loi sur l’Urbanisme.”(77)

Selon Human Rights Watch, “les motifs de l’Etat concernant cette politique de discrimination, d’exclusion et de répression pourrait provenir de documents de politique et d’une rhétorique officielle. L’Etat semble avoir l’intention de maximiser son contrôle sur les terres du Naqab et augmenter la population juive dans la région pour des raisons stratégiques, économiques et démographiques.”(78) La politique de l’Etat d’Israël envers les Palestiniens en Israël empêche leur plein épanouissement en leur refusant leur droit à la liberté de résidence et à un niveau de vie suffisant et équivaut à une politique et à des pratiques visant à séparer la population sur des critères raciaux ou ethniques par la création de réserves pour les Palestiniens.

En outre, les quelques villes «mixtes» en Israël, comme Ramle et Lydd, possèdent des murs et des remblais de terre qui séparent les habitants juifs des habitants palestiniens. Les municipalités et le gouvernement israélien décrivent souvent ces séparations comme des «murs acoustiques», destinés à prévenir le bruit provenant des quartiers palestiniens, les cambriolages et le libre passage des toxicomanes. Toutefois, le secrétaire du Moshav Zvi les a décrits de façon plus précise en disant que ces mesures avaient pour but d’empêcher aussi bien physiquement que visuellement tout contact entre les deux communautés.(79)

La Commission sur l’Elimination de la Discrimination Raciale des Nations Unies a exprimé sa profonde préoccupation quant au fait qu’Israël maintienne des “zones” séparées entre les Juifs et les Palestiniens et a recommandé qu’Israël évalue dans quelle mesure cela pourrait équivaloir à de la ségrégation raciale et qu’il évite les séparations de communautés.(80)
Des mesures comme les démolitions de maisons, les expulsions et les déplacements forcés, les murs destinés à séparer la population sur des critères ethniques ou raciaux, qui aboutissent à la création de réserves et de ghettos séparés pour les ressortissants palestiniens, violent la Convention sur l’Apartheid.

Conclusion

Les lois fondamentales, les politiques et les pratiques du gouvernement israélien visent à établir et à maintenir une domination Sioniste juive israélienne sur les ressortissants palestiniens par la colonisation de leurs terres et leurs ressources. Ces lois, politiques et pratiques affectent tous les ressortissants palestiniens, indépendamment de leur lieu de résidence et de leur statut au moins depuis la Nakba de 1948.

Par conséquent, le crime d’Apartheid est applicable à Israël dans l’ensemble d’Israël et dans les Territoires Palestiniens Occupés. L’expulsion continue des Palestiniens de leurs foyers, de leurs terres et de leur pays par des déplacements internes et externes au cours des 60 dernières années a forcé 70% des Palestiniens à vivre en tant que réfugiés et/ou personnes déplacées, le plus long et important problème de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde d’aujourd’hui

Afin de contester le refus israélien du droit international en tant que cadre valable capable d’apporter une solution durable au conflit et à ses lois, politiques et pratiques d’Apartheid, il est nécessaire de soutenir le déplacement du débat dans la lutte : Au lieu de se concentrer de façon limitée sur l’occupation des TPO, il faut revenir aux racines du problème et lutter contre l’Apartheid, le colonialisme et l’occupation dans l’ensemble de la Palestine Mandataire. En d’autres termes, seules des réparations basées sur une fin de la discrimination raciale par l’institutionnalisation de la justice mettront fin au conflit et rétabliront la paix.

Uri Davis décrit ce processus comme «le démantèlement de l’État d’Israël en tant qu’État juif dans le sens sioniste politique du terme, un État d’apartheid, et son remplacement par une Palestine démocratique.” (81)

Ainsi, le conflit prendra fin lorsque le colonisateur et le colonisé vivront ensemble, en toute égalité, dans l’ensemble de la Palestine. En attendant, les lois, politiques et pratiques racistes et discriminatoires de l’État d’Israël doivent être dénoncées et le gouvernement doit être encouragé et subir des pressions jusqu’à ce qu’il annule l’Apartheid et ses lois, politiques et pratiques coloniales.

NOTES

1. Uri Davis, Apartheid Israel, Possibilities for the Struggle Within, Zed Books, London, 2003, p. 37.

2. Voir par exemple John Quigly, “Apartheid Outside Africa: The Case of Israel,” 2 Ind. International and Comparative Law Review. 221, 1991-1992 ou Uri Davis, Israel: An Apartheid State, Zed Books, London, 1987.

3. “Je pense que le processus d’Oslo a été un tournant: à partir de ce moment-là, une forme dominante de contrôle a vu le jour, qui comprend une ghettoïsation, un confinement et une restriction des Palestiniens dans leurs villages et villes .”Alina Korn, “The Ghettoization of the Palestinians” in Thinking Palestine, Ed. Ronit Lentin, Zed Books, London & New York, 2008, p. 116.

4. Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, Résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale en date du 14 décembre 1960, para. 1.

5. Eretz Israël est une construction géographique variable qui s’étend à des parties de la Jordanie, de la Syrie et de l’Égypte et jusqu’en Irak – souvent décrit dans la phrase “du Nil à l’Euphrate”. Le Ministère israélien des Affaires Etrangères écrit “L’État d’Israël est un Etat juif, d’abord et avant tout, compte tenu du droit du peuple juif à avoir un seul État indépendant qui leur soit propre, et en raison du lien historique et biblique entre le peuple juif et la terre d’Israël (Eretz Israël).” Voir Israel, le Conflit et la Paix : Réponses aux questions fréquemment posées, Novembre 2007, disponible à : http://www.mfa.gov.il/mfa Ilan Pappe, Le Nettoyage Ethnique de la Palestine, Oneworld, Oxford, 2007, pp. 10-15; Uri Davis, Apartheid Israel, Possibilities for the Struggle Within, Zed Books, London, 2003, p. 19; Oren Yiftachel, Ethnocratie: politique de la terre et de l’identité en Israël/Palestine”, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, p.3; Sur la création et le maintien d’une majorité Juive, voir Jonathan Cook, Sang et religion : l’Etat juif et démocratique démasqué, Pluto Press, London, 2006, p. 100.

6. Voir Nur Masalha, L’Expulsion des Palestiniens: Le Concept du ‘Transfert’ dans la pensée politique Sioniste 1882-1948, Institut des Etudes Palestiniennes, US, 1992.

7. Voir Ronald C Slye, “Apartheid as a Crime Against Humanity: A Submission to the South African Truth and Reconciliation Commission,” 20 Michigan Journal of International Law. 267, 1998-1999, p. 288-289.

8. Roger S. Clark, “Apartheid,” International Criminal Law, Second Edition, Volume I, Edt. M. Cherif Bassiouni, 1991, p. 643, 644.

9. Recommandation générale n° 19 du CEDR, Ségrégation raciale et apartheid (Art. 3) : 18 Août 1995. La Convention sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination Raciale, déclare : “Les Etats parties condamnent spécialement la ségrégation raciale et l’apartheid et s’engagent à prévenir, à interdire et à éliminer sur les territoires relevant de leur juridiction toutes les pratiques de cette nature.” Article 3, Convention sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination Raciale.

10. Article 1, Convention sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination Raciale.

11. Robert Miles, “Racism as a Concept” in Racism, Edts. Martin Bulmer et John Solomos, Oxford University Press, p. 351.

12. David Theo Goldberg, “The Semantics of Race,” in Racism, Edts. Martin Bulmer and John Solomos, Oxford University Press, p. 372.

13. Article 2, Convention sur l’Elimination du Crime d’Apartheid.

14. Article 2, Convention sur l’Elimination du Crime d’Apartheid. [emphasis added]

15. Article 2, Convention sur l’Elimination du Crime d’Apartheid.

16. Article 85(4), First Protocole additionnel aux Conventions de Genève, 1977.

17. Article 7, Statut de Rome du TPI. [Emphasis added]

18. Voir Ronald C Slye, “Apartheid as a Crime Against Humanity: A Submission to the South African Truth and Reconciliation Commission,” 20 Michigan Journal of International Law. 267, 1998-1999, p. 293.

19. Article 3, Convention sur l’Elimination et la Punition du Crime d’Apartheid.

20. Roger S. Clark, “Apartheid,” International Criminal Law, Second Edition, Volume I, Edt. M. Cherif Bassiouni, 1991, p. 645.

21. David Theo Goldberg, “The Semantics of Race,” in Racism, Edts. Martin Bulmer et John Solomos, Oxford University Press, p. 370.

22. “En distinguant les manières d’être naturelles dans le monde et les structures institutionnelles dans et à travers ces manières d’être exprimées, la race établit et rationalise l’ordre de la différence comme loi de la nature.” David Theo Goldberg, “The Semantics of Race,” dans Racism, Edts. Martin Bulmer et John Solomos, Oxford University Press, p. 374.

23. Colette Guillaumin, “The changing face of Race,” in Racism, Edts. Martin Bulmer et John Solomos, Oxford University Press, p. 362.

24. Colette Guillaumin, “The changing face of Race,” in Racism, Edts. Martin Bulmer et John Solomos, Oxford University Press, p. 362.

25. Max Weber [1922]1978 Economy and Society eds. Guenther Roth and Claus Wittich, trans. Ephraim Fischof, vol. 2 Berkeley: University of California Press, p. 389.

26. Voir Roselle Tekiner, “Race and the Issue of National Identity in Israel,” International Journal of Middle East. Studies 23, 1991, p. 41,42.

Sur la relation entre groupe ethnique et groupe racial, voir Robert Miles, “Racism as a Concept” in Racism, Edts. Martin Bulmer et John Solomos, Oxford University Press, p. 345.
Goldberg estime que le concept de race est ethnocentrique parce que «l’origine ethnique est le mode d’identification culturelle et de distinction.” David Theo Goldberg, “The Semantics of Race,” in Racism, Edts. Martin Bulmer and John Solomos, Oxford University Press, p. 371.

27. Recommandation générale n° 8 du CERD : Identification à un groupe racial ou ethnique particulier (Art.1, par.1 & 4), 22 Août 1990.

28. Richard Jenkins, Social Identity, Second Edition, Routledge, London and New York, 2005, p. 5.

29. Richard Jenkins, Social Identity, Second Edition, Routledge, London and New York, 2005, p. 18.

30. David Theo Goldberg,“Racial Palestinianization” dans Thinking Palestine, Ed. Ronit Lentin, Zed Books, London & New York, 2008, p. 42.

31. David Theo Goldberg,“Racial Palestinianization” dans Thinking Palestine, Ed. Ronit Lentin, Zed Books, London & New York, 2008, p. 33.

32. Jusqu’en 2000-2001, les cartes d’identité des citoyens israéliens comportaient une partie sous la rubrique «nationalité» qui différenciait les Juifs, les Arabes, les Druzes et les Circassiens..

33. Uri Davis, Apartheid Israel, Possibilities for the Struggle Within, Zed Books, London, 2003, p. 96.

34. Uri Davis, Apartheid Israel, Possibilities for the Struggle Within, Zed Books, London, 2003, p. 107.

35. Les cartes d’identité de Jérusalem sont identiques à celles des citoyens israéliens, à l’exception notable que les cartes octroyées aux Palestiniens en 1967, lorsque le reste de la ville a été occupée, portaient des numéros commençant par 080, alors que les Palestiniens qui ont obtenu ces cartes dans le cadre du regroupement familial ont des numéros qui commencent par 086.

36. Uri Davis, Apartheid Israel, Possibilities for the Struggle Within, Zed Books, London, 2003, p. 19.

37. Rapport du Rapporteur Spécial sur le Droit à un Logement convenable en tant qu’élément du droit à un niveau de vie suffisant, M. Miloon Kothari, E/CN.4/2003/5/Add.1, Juin 2002, p. 4.

38. Oren Yiftachel, Ethnocracy, Land and Identity Politics in Israel/Palestine, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, p.8.

39. Oren Yiftachel, Ethnocracy, Land and Identity Politics in Israel/Palestine, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, p.8.

40. Avant 1948, certains de ces plans étaient les suivants: Programme de Transfert de Weizman (1930), le Plan de Transfert de Soskin (1937), Recommandations de la Commission Peel (transfert des Arabes en Transjordanie) (1937), Plan de Transfert de Weitz (1937), Plan Bonne (1938), Plan Al-Jazirah (deuxième Commission sur le Transfert) (1938), Plan de Transfert en Irak de Norman (1934-38), Plan Ben Horin (1943-48), Plan Dalet (1948). Voir par exemple Nur Masalha, Expulsion of the Palestinians: The Concept of ‘Transfer’ in Zionist Political Thought 1882-1948, Institute for Palestine Studies, US, 1992.Voir également Ilan Pappe, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Oneworld, Oxford, 2007.

Après 1948, plans de “réinstallation” (différents plans de réinstallation à partir des années 1950 aux années 1980 ont été élaborés pour envoyer les Palestiniens dans des États arabes (Libye, Jordanie et à El’Arish dans le Sinaï égyptien) et dans des pays d’Amérique latine. D’autres projets comprenaient le “plan Allon” qui appelait à l’annexion par Israël de la moitié de la Cisjordanie, tandis que les Palestiniens seraient confinés dans l’

Source : http://www.badil.org/
Traduction : MG pour ISM

CPI – Le député palestinien allié au Hamas Mouchir Al-Masri a affirmé que le complot le plus dangereux dans toute l’histoire de l’occupation israélienne se déroule actuellement contre Al-Qods et la mosquée sainte d’Al-Aqsa. Il a averti des agendas qui visent à liquider la question palestinienne légitime.

“Les complots de négociations contre la ville d’Al-Qods et la négligence de cette question sainte par le groupe négociateur palestinien qui poursuit ses négociations inutiles, en renonçant aux droits et principes palestiniens, notamment à la ville sainte d’Al-Qods, sont très graves pour la ville sainte”, a déclaré Al-Masri, hier vendredi, à l’occasion de la journée mondiale d’Al-Qods.

Il a souligné que les négociations inutiles menacent la ville sainte d’Al-Qods et que la stratégie injuste que suivent certains leaders du groupe négociateur palestinien pour des intérêts  personnels est très dangereuse.

Il a indiqué que cette stratégie inutile (les négociations avec l’occupation) néglige complètement les droits légaux du peuple palestinien, notamment sa ville sainte d’Al-Qods.

A l’occasion de la commémoration de la journée mondiale d’Al-Qods, Al-Masri a affirmé que cette mauvaise politique du groupe négociateur palestinien doit pousser les Palestiniens à se révolter pour récupérer leurs droits et intérêts suprêmes confisqués par l’ennemi occupant, notamment la libération de la ville sainte d’Al-Qods.

“Le peuple palestinien possède tous les moyens pour réaliser ses objectifs, et on peut dire clairement que nous nous dirigeons vers la victoire, grâce à notre attachement à la résistance et au djihad, aux sacrifices, aux mosquées et au Saint Coran”, a-t-il souligné.

Al-Masri a salué les Palestiniens, leur assurant qu’ils font partie de la génération du triomphe qui va rendre la dignité et la victoire à toute la nation.

Dimanche 05 octobre 2008

CPI – A l’occasion de la journée internationale d’Al-Quds, plusieurs organisations avaient organisé une manifestation qui devait se tenir samedi 27 septembre 2008 à la place du Trocadéro à Paris, en solidarité avec le peuple palestinien.

Tous les défenseurs de la liberté étaient donc conviés à rejoindre cet appel à la solidarité, appel lancé par des organisations musulmanes et juives comme le Centre Zahra France et l’association d’étude Yechouroun Judaïsme contre Sionisme, et des personnalités connues en France et controversées, même boycottées, pour leur engagement contre la colonisation des peuples, tels Dieudonné et Kémi Séba.

Toutes les autorisations nécessaires, de la préfecture notamment, avaient été recueillies pour le bon déroulement de cette importante manifestation. Mais voilà que la veille de cette date attendue, le ministère de l’intérieur et la préfecture décident d’interdire cette même manifestation pour des raisons obscures, soi-disant pour éviter un trouble de l’ordre public.

Nombre de personnes étaient venues se rassembler pour participer à cet événement, de divers pays d’Europe, et ils furent déçus de devoir simplement se disperser à cause d’une décision injuste appuyée par un important dispositif de police prévu pour empêcher sa réalisation.

Une conférence de presse se tint alors au Théâtre de la Main d’Or à Paris pour parler de cette injustice et continuer à soutenir cet événement symbole de liberté et de solidarité avec le peuple palestinien et les peuples opprimés du monde.

Les principaux intervenants considèrent finalement le déroulement de cette journée comme une victoire, car d’une part, il fut constaté que nombreux sont ceux qui souhaitaient participer à cette manifestation, et d’autre part, la France et le monde peut maintenant clairement se rendre contre de l’influence sioniste. M. Yahia Gouasmi, président du Centre Zahra France, soulignait alors : « Je vous le dis à tous, sereinement : Paris est occupée par le sionisme, il est temps qu’on la libère ».

L’optimisme des organisateurs se ressentait certainement par les propos tenus avec une grand calme par l’humoriste français Dieudonné : « L’effondrement de cet empire israélo-américain, qui est basé sur le mensonge et l’imposture, est proche ».

Le lobby sioniste réussit donc à s’imposer en France, montrant à tous son visage hideux, son objectif étant la colonisation et la domination. C’est pour cela que juifs, chrétiens et musulmans s’allient pour repousser ce mouvement impérialiste. A ce propos, M. Shmiel Borreman, président de l’association Yechouroun Judaïsme contre Sioniste, « réitère son appel à l’initiation d’une alliance stratégique amicale entre judaïsme et islam contre le sionisme ».

Cette prise de conscience donne un nouveau souffle à ce mouvement révolutionnaire, dont la flamme ne peut s’éteindre, qui se bat sur le terrain contre les oppresseurs avec les moyens légaux à leur disposition, avec pour objectif d’éradiquer ce cancer qu’est le sionisme, comme le nommait l’instigateur de cette journée international d’Al-Quds.

Le soir du 24 septembre, le premier festival gay de Sarajevo a été violemment attaqué par des musulmans et a dû être annulé. Le festival avait été organisé à la fin du mois de ramadan, ce que les autorités islamiques ont considéré comme une “provocation”.

Quelques dizaines de militants musulmans, arborant barbes et djellabas, se sont rassemblés devant l’Académie des Beaux-Arts de Sarajevo, où avait lieu l’inauguration. Ils ont vite été rejoints par des centaines de très jeunes gens, arborant une tenue beaucoup plus laïque. Les participants et les visiteurs ont été insultés et attaqués, sous les yeux de policiers pratiquement inactifs. “Nous avons été poursuivis jusque dans les taxis dans lesquels nous essayions de fuir”, expliquent certains visiteurs, qui parlent d’une “Nuit de cristal”. Huit personnes ont été sérieusement blessées.

Certains partis politiques ont, timidement, condamné ces violences, mais le Parti pour la Bosnie-Herzégovine (SBiH), la formation du membre bosniaque de la présidence collégiale, Haris Silajdzic, a préféré s’en prendre aux organisateurs du festival…

Mecredi 24 septembre 2008

CPILe premier ministre du gouvernement d’union Ismaïl Haniyeh a affirmé que le peuple palestinien ne se soumettra jamais à l’oppression de l’occupation, malgré le blocus et les agressions, et qu’il tient à continuer sa résistance, s’attachant fortement à ses droits légitimes jusqu’à leur récupération totale.

Haniyeh a fortement salué la patience historique du peuple palestinien face aux crimes et violations de l’occupation qui perpètre des crimes de guerre sans précédent, et des exterminations contre les Palestiniens, et surtout le blocus sévère qui persiste à Gaza, depuis plus de deux ans.
Lors d’un dîner du mois de Ramadan organisé par le Hamas, à Khan Younès, mardi soir, le 23/9, en présence de plusieurs responsables et personnalités célèbres palestiniens, Haniyeh a salué la lutte du peuple palestinien contre l’occupation, en exprimant ses fortes inquiétudes devant les vrais dangers qui menacent la sainte mosquée d’Al-Aqsa.
On note que l’occupation a déclaré qu’une grande synagogue juive serait bientôt en place aux dépends des esplanades d’Al-Aqsa.
“Je suis très fier d’appartenir au peuple palestinien, au Hamas, et au gouvernement patriotique d’entente nationale qui déploie tous les efforts nécessaires pour protéger les intérêts suprêmes, les droits légaux et les principes de la nation”, a souligné Haniyeh.
Haniyeh a qualifié Khan Younès de grande ville de martyrs, en se rappelant des efforts patriotiques du grand martyr Abdel Aziz Al-Rantissi, du dirigeant captif Yahia Al-Sinwar et de Hassan Salama. Il a salué les efforts des résistants, à leur tête le dirigeant Mohammed Al-Dhaïf.

Haniyeh a rendu visite à plusieurs familles de martyrs et il s’est rendu à la maison de l’un des fondateurs du Hamas, Cheikh Mohammed Al-Nadjar.

Ismael Hanyeh, (1er Ministre palestinien, élu du HAMAS), en prière.

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